Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/92

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dit-on, atteste la réalité de l’étendue ; non, elle n’en atteste que la perception. De même que nous localisons dans nos organes des sensations qui n’ont pu être perçues que dans le cerveau, de même nous localisons en dehors de nous l’étendue perçue en dedans. Or les faits s’expliquent tout aussi bien dans cette hypothèse que dans celle de la réalité de l’étendue.

Si l’étendue n’est qu’une intuition subjective, une manifestation de la force, il s’ensuit que les corps, qui sont des composés, ne peuvent être composés que de forces et non d’atomes ; car ou ces atomes sont purement étendus et sans force, ce qui est contraire à la notion même de la matière, qui est active, puisqu’elle exerce une action, ou ils sont à la fois étendus et doués de force, ce qui est contradictoire, comme on l’a vu. L’auteur rencontre ici l’hypothèse de l’atomisme chimique, qui seul, dit-on, peut expliquer les deux lois fondamentales de la chimie, la loi des proportions multiples et celle des proportions définies ; mais ces lois n’expriment en définitive que des rapports pondéraux, et signifient seulement que tel poids déterminé d’un corps s’unit à tel poids déterminé d’un autre corps, que de plus les poids divers d’un même corps qui s’associent à un poids constant d’un autre corps sont entre eux dans des rapports simples et constans. Or ces lois subsistent tout aussi bien dans l’hypothèse des forces que dans celle des atomes.

Après avoir expliqué la notion d’étendue corporelle par l’action des forces extérieures sur l’âme et la réaction de celle-ci, M. Magy explique très ingénieusement l’idée d’espace ou d’étendue incorporelle par l’action directe des forces organiques sur l’âme et la réaction de l’âme sur ces forces mêmes. L’âme est en effet associée d’une manière continue à un système particulier de forces qui est son corps, et elle est dans un rapport d’action et de réaction incessant avec ce système. Si la représentation de l’étendue naît du conflit des forces en général, il doit y avoir une représentation de l’étendue indépendante de l’action des forces externes, et qui vient du commerce constant entre l’âme et le corps. L’espace sera donc immanent à l’âme, inséparable de l’âme, inné, comme on dit, tout aussi bien que l’union de l’âme et du corps est en quelque sorte innée, puisque nous n’avons jamais fait l’expérience d’un autre état. M. Magy montre avec finesse et habileté comment son hypothèse répond aux caractères propres à la notion d’espace, et il réfute fortement l’hypothèse de Leibniz et celle de Kant. Cette partie du livre, que nous ne pouvons qu’indiquer, est, à notre avis, celle où l’auteur a montré le plus de pénétration et, d’originalité philosophique.

Si l’étendue, l’espace et toutes les qualités des corps, c’est-à-dire toutes les images que nous nous faisons des choses, sont les actes