Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/943

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prolongeant un provisoire indéfini on laisse vide une place qu’il a occupée et où rien de définitif ne s’est établi jusqu’ici. Le seul et vrai moyen de le combattre sérieusement, efficacement, c’est de le remplacer, c’est de lui opposer des institutions véritables, un gouvernement organisé, constitué, de telle sorte que le pays ne soit point réduit chaque matin à se demander s’il a quelques jours de paix assurés, si le provisoire auquel on le soumet ne va pas disparaître d’un coup de vent, dans une crise nouée peut-être par l’impuissance, précipitée par un accident imprévu. Voilà la question : la solution n’est pas dans des expédiens, dans des procédés d’empirisme ministériel, elle est dans une politique arrêtée, précise, de réparation et de construction, et ici c’est l’œuvre nécessaire, impérieuse, des opinions modérées qui commence. Que les chevaliers de la légitimité de droit divin s’opposent à tout ; attendant toujours le miracle qui doit leur rendre la royauté de leurs rêves, que les fanatiques du radicalisme refusent à l’assemblée le droit de constituer, que les bonapartistes eux-mêmes veuillent se réserver les chances de l’inconnu par un cabalistique appel au peuple, rien de plus simple, les uns et les autres sont dans leur rôle ; mais les opinions modérées n’en sont pas là, et les circonstances leur font plus que jamais aujourd’hui un devoir commun de s’entendre, de concerter leur action pour en finir avec toutes les incertitudes, pour assurer à la France une certaine paix, une certaine sécurité, dans des conditions qui sont pour ainsi dire indiquées par la nature des choses, par les préliminaires d’organisation adoptés jusqu’ici. C’est là ce que le centre droit et le centre gauche ont récemment essayé de faire en serrant la question de plus près, en résumant leurs idées dans des programmes entre lesquels il ne s’agit plus que de trouver le trait d’union.

Cette alliance du centre droit et du centre gauche, qui doit être une sorte d’aimant pour d’autres fractions modérées de la droite et de la gauche, le noyau d’une majorité nouvelle, cette alliance est certainement aussi naturelle que profitable pour tout le monde ; mais il est bien clair que, lorsqu’on veut se rapprocher, lorsqu’on sent la nécessité d’une patriotique alliance, il ne faut pas commencer par réveiller les dissidences, les ombrages, les antagonismes de caractère et de situation, les incompatibilités d’humeur, tout ce qui divise parfois encore plus que la politique les partis et les hommes. Lorsqu’on veut traiter, c’est qu’on est disposé à se faire des concessions mutuelles pour entreprendre en semble un œuvre sérieuse. Les hommes distingués ou éminens du centre droit et du centre gauche ont assez d’esprit pour comprendre qu’il y a une petite comédie qui n’est plus guère de circonstance. Il ne servirait à rien de jouer aux propos interrompus, de se regarder ; avec défiance et de se reposer sur ce travail herculéen d’un programme platonique. — Vous le voyez, dit-on au camp du centre droit, nous avons lait toutes les concessions possibles, c’est le centre gauche qui ne veut