Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/942

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même du centre droit n’a pas voulu s’associer à une démonstration qui, en frappant le bonapartisme, aurait paru couvrir les provocations de M. Gambetta, le radicalisme. M. de Goulard, M. le duc d’Audiffret, n’auraient pas été suivis, s’ils s’étaient engagés, et en fin de compte l’interpellation est restée l’acte exclusif des gauches réunies. Puisqu’il en était ainsi, qu’on nous permette de le dire, mieux valait s’abstenir. Il devenait dès lors évident qu’un échec était inévitable, qu’on se jetait dans une échauffourée parlementaire sans issue. À quoi bon risquer une aventure où il y avait d’avance scission entre les forces dont l’alliance pouvait seule assurer le succès et l’autorité d’une démonstration semblable ? Malgré tout, on a voulu aller jusqu’au bout, comme pour donner satisfaction à une certaine impatience publique. La question n’a pas été trop bien présentée, il faut l’avouer, l’interpellation a été assez faiblement soutenue. Tout s’est trouvé passablement brouillé, confondu dans des développemens et des digressions qui ne dénotaient peut-être que l’embarras de tout le monde. Bref, la bataille a été obscure, pénible, écourtée, et au lieu d’arriver à une manifestation atteignant le bonapartisme, forçant le gouvernement à prendre une attitude plus résolument énergique, on a eu cette majorité de 50 voix venant au secours du ministère, qui a été assez habile pour répondre à la pensée secrète d’une partie considérable de l’assemblée en se posant en défenseur de la paix publique contre tous ceux qui pourraient la menacer. C’était une affaire positivement mal engagée, d’autant plus mal engagée que beaucoup d’esprits sincères, sérieux, ont pu se laisser toucher par cette considération qu’abandonner le ministère en ce moment, c’était avoir l’air de désarmer la force publique devant une effervescence de rue, c’était désavouer des répressions de police nécessaires, après tout assez modérées, qu’on incriminait un peu légèrement. C’était un tort de plus de n’avoir pas prévu ces scrupules, et c’est ainsi que tout a fini par un vote qui n’absout nullement le bonapartisme, mais qui lui laisse une apparence de succès, en ce sens que le coup dont il était menacé lui est épargné par la gaucherie d’une tentative précipitée et médiocrement combinée.

Non, ce n’est ni par des violences de langage, ni par des actes improvisés ou décousus, ni par des divisions obstinées qu’on peut réduire le bonapartisme à la modestie en lui enlevant des chances qu’il s’exagère à lui-même par calcul, qu’on peut s’exagérer aussi dans un autre sens par un mouvement fort légitime, qui restent toujours néanmoins un sujet de trouble. A quoi tient cette dernière force agitatrice de l’empire ? Elle s’explique tout simplement par l’incertitude où est retenu le pays, par la crainte des violences révolutionnaires, par la stérilité de tous les efforts pour replacer la France dans les conditions d’un régime régulier, par les souffrances matérielles qui sont la suite de tous ces faits. L’empire ne peut être une menace que parce qu’en