Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/945

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de l’extrême droite, des bonapartistes, des radicaux. Toutes les autres opinions y regarderont, à deux fois lorsque des hommes comme M. Dufaure, M. d’Audiffret, M. Decazes, M. de Goulard, M. Buffet, M. Casimir Perier, viendront proposer une politique sérieuse pouvant assurer à notre malheureuse patrie quelques années de paix. Il y a une raison supérieure et décisive pour que l’assemblée ou du moins la grande partie sensée de l’assemblée se rallie à une tentative semblable, c’est que, si elle se refusait à tout, elle se réveillerait aussitôt en face d’une dissolutions inévitable, attestant devant le pays l’impuissance des modérés et laissant la France livrée à la violence des partis extrêmes, qui étaient tout prêts à s’entre-déchirer ces jours derniers. Cette perspective redoutable, qui vient de se révéler tout à coup, c’est la meilleure raison d’être d’une entreprise de préservation, et c’est aussi ce qui peut en assurer le succès dans une assemblée française.

Qu’en est-il donc de ces bruits étranges répandus un instant sur la mission de M. le comte Hatzfeld à Madrid, sur la résurrection d’une candidature prussienne pour une monarchie qui n’est pas encore restaurée au-delà des Pyrénées ? Il y a un fait certain, l’envoyé de M. de Bismarck est à Madrid, et il est probable qu’il n’est pas allé en Espagne pour se donner l’agrément d’une excursion de touriste ou pour être en mesure de raconter au chancelier de l’empire allemand le drame pittoresque des insurrections et des révolutions espagnoles. M. de Hatzfeld paraît avoir eu avec les membres du gouvernement des entrevues dont le secret n’a point été divulgué. L’incident ne laisse pas d’être enveloppé de quelque mystère. Dans tous les cas, que l’envoyé de M. de Bismarck portât dans sa valise de voyage une candidature prussienne ou quelque projet d’alliance, les ministres espagnols seraient assez embarrassés pour accueillir ces ouvertures, et ils seraient plus embarrassés encore pour les avouer devant leur pays. Ce ne serait pas pour eux un moyen de se populariser. Le bruit qui a couru a suffi, dit-on, pour produire un assez mauvais effet dans l’armée, parmi les soldats comme parmi les chefs militaires. Si la royauté doit être rétablie dans un temps plus ou moins prochain au-delà des Pyrénées, ce ne sera pas, selon toute apparence, au profit d’un prince allemand. Le prétendant carliste ne demanderait pas mieux que de voir le gouvernement de Madrid se lancer dans cette campagne d’une candidature étrangère, et la preuve qu’il en espère quelque avantage, c’est qu’il est le premier à propager ces rumeurs dont la mission de M. de Hatzfeld a été le point de départ. Ce serait pour lui la dernière chance d’intéresser le sentiment national et de rétablir un peu ses affaires, qui décidément sont en déclin.

Ce n’est pas que les bandes carlistes soient vaincues ou dispersées. Elles occupent et ravagent toujours ces malheureuses provinces du nord, où il est si difficile de les atteindre. On a là l’édifiant spectacle d’un prétendant plein de douceur qui bombarde de son mieux les villes de