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se convertir à la restauration absolutiste ! Avec ce drapeau, le prétendant est plus près de regagner la frontière française que d’atteindre Madrid, et un coup de vigueur de Concha peut en finir avec l’insurrection.

Ce sera beaucoup, ce ne sera pas tout encore ! il est, vrai, puisque l’Espagne aura toujours à décider ce qu’elle veut faire d’elle-même, quel gouvernement elle veut se donner, et au fond c’est là l’éternelle question qui s’agite à Madrid, qui divise les partis, le ministère lui-même. Républicains, radicaux, alphonsistes, ne cessent de se démener autour du général Serrano, qui a certes assez de pouvoir pour les dominer tous, s’il le veut, mais qui leur laisse assez de liberté pour se déchirer, à la condition pourtant de ne pas parler trop haut et de ne pas trop troubler le gouvernement. L’essentiel est qu’il y a depuis six mois un évident progrès dans la situation de la Péninsule, progrès déjà préparé par M. Castelar, réalisé par le général Serrano. En fin de compte, l’Espagne est arrivée pour ainsi dire à se ressaisir elle-même, à se dégager de l’affreux chaos ou elle était tombée un instant, et après avoir dompté tous les mouvemens communistes, elle en est aujourd’hui à pouvoir considérer la défaite de l’insurrection carliste comme une affaire de temps. Ce sont là des résultats sérieux que le ministre d’état, M. Ulloa, avait le droit d’exposer récemment dans une circulaire diplomatique qui semble avoir pour objet de rendre à l’Espagne une existence extérieure régulière qu’elle n’a plus. Le gouvernement de Madrid en est encore effectivement à être reconnu par la plupart des états de l’Europe. C’est un régime provisoire, à la vérité ; il est né d’un coup d’état militaire, il gouverne sans représentation nationale, il n’a rien de régulier ; il n’a pas moins rendu la paix à l’Espagne, qui est toujours vivante, avec laquelle tout le monde est intéressé à entretenir de bonnes relations. Pourquoi la France particulièrement ne reviendrait-elle pas à ces rapports naturels et ne reconnaîtrait-elle pas officiellement le gouvernement espagnol ? Elle n’a certes aucun intérêt à favoriser la cause carliste par une apparence de neutralité entre le prétendant et le cabinet de Madrid. Cela ne peut être utile ni à ses intérêts sur la frontière, ni à ses intérêts politiques, et à tous les points de vue la présence d’un représentant français à Madrid ne peut que servir la cause des deux pays.

CH. DE MAZADE.



REVUE MUSICALE.

Verdi n’est pas seulement un musicien éminent, c’est aussi un grand patriote ; l’Italie ne l’oubliera jamais. Les peuples ont leur instinct qui les amène à reconnaître, à proclamer l’homme d’une situation, cet instinct vaut mieux que toute la science. Depuis trente ans, Verdi n’a cessé de représenter l’Italie remuante et guerrière ; il est et restera l’artiste de la revendication, comme Bellini fut jadis le chantre inconscient et