Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 3.djvu/963

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primitifs ; c’est une simple fusion où le soufre lui-même sert de combustible, et qui a lieu presque en plein air, sans aucun souci des pertes qui en résultent ; aussi le minerai, qui renferme le soufre dans la proportion de 15 à 40 pour 100, ne rend-il en général que les deux tiers de ce qu’il contient, c’est-à-dire de 10 à 25, en moyenne 14 pour 100. Le procédé habituel consiste à empiler sur un plan incliné un amas conique de minerai, d’au moins 200 mètres cubes, que l’on maintient par des murs en calcaire compacte et que l’on recouvre de poussières du même minerai. C’est ce qu’on appelle un calcarone. On l’allume sur plusieurs points à la fois, le soufre fond et sort par un trou de coulée où on le recueille dans des formes en bois de peuplier pour le façonner en pains (balate) de 50 à 60 kilogrammes.

Un calcarone de 200 mètres cubes brûle pendant un mois ; pour 700 mètres cubes, il faut compter deux mois. Pendant ce temps, les vapeurs sulfureuses empoisonnent les campagnes environnantes. Dans les centres miniers, où les calcaroni marchent toute l’année, il est défendu de les établir à moins de 200 mètres des habitations et à moins de 100 mètres des champs cultivés ; là où cette restriction n’est pas appliquée, on ne brûle le soufre que du 1er août au 31 décembre, c’est-à-dire depuis l’époque des moissons jusqu’à celle de la germination des nouvelles semailles. Ces précautions, tout en entravant l’exploitation des soufrières, sont loin de suffire à la protection des cultures. Malgré tout, le calcarone est déjà un progrès réel sur la méthode en usage avant 1850, car alors on se bornait à disposer le minerai en petits tas (calcarelle) de 2 ou 3 mètres de diamètre, que l’on allumait à découvert à l’approche de la nuit ; le matin, le soufre commençait à couler, et le soir du même jour la fusion était terminée. On recueillait ainsi à peine un tiers du soufre contenu dans le minerai, tout le reste était perdu sous forme d’acide sulfureux qui empoisonnait l’air à de grandes distances.

On a essayé dans ces derniers temps plusieurs procédés nouveaux : le four Hirzel, où le minerai est chauffé en vase clos, le système Thomas, qui repose sur l’emploi de la vapeur d’eau surchauffée, et d’autres moyens plus ou moins ingénieux, qui tous se heurtent à la cherté du combustible ordinaire. Provisoirement le calcarone est donc encore le moyen le moins coûteux d’opérer la fusion du minerai. Aujourd’hui le prix de revient du soufre brut est de 6 fr. 60 cent, le quintal livré sur place, et il ne paraît guère possible d’aller au-dessous. Au contraire, les frais de transport du lieu d’origine jusqu’aux ports de Catania, Terranova, Licata, Porto-Empedocle, Palerme, se trouveront réduits de moitié par l’ouverture du réseau de voies ferrées dont quelques tronçons ont été déjà livrés au public. Somme toute, le prix du quintal de soufre brut livré à bord d’un bâtiment dans les ports de Sicile était de 12 fr. en 1871, en y comprenant le droit d’exportation, qui est de 1 fr. ; avant deux ans, ce prix se trouvera réduit à 10 fr. 50 cent. ; il tomberait