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à 9 fr. 50 cent., si le droit d’exportation était supprimé ; on pourrait dès lors livrer le soufre brut au prix de 11 ou 12 francs le quintal à Marseille, et de 12 ou 13 francs dans les ports d’Angleterre. Il s’agit de savoir si ces prix permettraient de soutenir la concurrence avec les pyrites.

Pour la fabrication de l’acide sulfurique, l’industrie utilise en effet depuis longtemps une substance minérale des plus répandues, où le soufre existe non pas à l’état naturel, mais combiné au fer, la pyrite. Il se consomme aujourd’hui en Europe chaque année 800,000 tonnes de pyrites, qui représentent 250,000 tonnes de soufre pur, — autant qu’en produisent les mines de la Sicile. L’emploi des pyrites équivaut à une économie de 2 à 4 francs par quintal de soufre ; la réduction de 2 francs 50 cent, que pourrait subir le prix du soufre de Sicile ne sufiirait donc pas à lui assurer la supériorité. Heureusement, en dehors des fabriques d’acide sulfurique, le soufre sert à une foule d’usages où il est employé à l’état naturel ; aussi la production des mines de la Sicile a-t-elle quadruplé en quarante ans, malgré l’extension qu’a prise en même temps la consommation des pyrites de fer. M. Parodi pense donc qu’il serait inutile d’abolir le droit d’exportation, qui procure à l’état 2 millions par an, pour stimuler une production qui ira d’elle-même en augmentant jusqu’au jour peu éloigné où les mines seront épuisées.

On sait que les pyrites ne sont point utilisées pour l’extraction du fer, à cause de la mauvaise qualité du produit ; mais on en retire souvent une certaine quantité de cuivre, ce qui en double la valeur commerciale. Il y a donc là un succédané de tout point avantageux du soufre natif pour la fabrication de l’acide sulfurique, cette cheville ouvrière des industries chimiques. Ajoutons que des quantités énormes d’acide sulfurique sont consommées pour la fabrication de la soude artificielle et passent dans les résidus ; si on parvenait à régénérer économiquement le soufre contenu dans ces résidus, il y aurait là de quoi livrer au commerce chaque année 1 million de quintaux de soufre brut, au prix de 12 ou 13 francs le quintal. Directement et indirectement, les pyrites, qui sont répandues partout à la surface du globe, pourraient donc suppléer au soufre natif, s’il venait à manquer. Tant que les mines dureront, le soufre demeurera néanmoins une belle source de revenus pour l’Italie. On s’est demandé à ce propos s’il ne serait point possible, en y activant la fabrication de l’acide sulfurique, de développer en Italie la grande industrie chimique ; à cette question, la réponse de M. Parodi est négative : le manque de combustible interdit à ce pays les branches d’industrie qui enrichissent les pays du nord.


Le directeur-gérant, C. BULOZ.