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LES
BILLETS DE LA BANQUE DE FRANCE
SOUS LE RÉGIME DU COURS FORCE.

En 1806, au moment de l’organisation de la Banque de France, Napoléon Ier s’écriait : « La France manque d’hommes qui sachent ce que c’est que la banque; c’est une race d’hommes à créer. » Il paraît que la création n’a pas eu lieu encore, car un publiciste éminent de la Revue d’Edimbourg disait il y a quelques années : « On est étonné de voir avec combien peu de science financière sont conduites des affaires commerciales immenses. » Serait-il donc vrai en effet que, pour ce qui touche un des intérêts essentiels des sociétés, le monde soit à peu près livré à l’empirisme, et qu’il n’y ait pas de science à laquelle on puisse rattacher le mouvement des capitaux et particulièrement ce qui concerne la circulation monétaire, autrement dit l’instrument d’échange? On serait tenté de le croire en voyant ce qui s’écrit tous les jours, ce qui se dit même du haut des tribunes parlementaires dans les pays les plus avancés.

En 1810, lors de la fameuse enquête qui eut lieu en Angleterre à propos de la dépréciation des bank-notes, pendant la suspension des paiemens, il y eut des hommes d’état considérables, des financiers, des administrateurs de la banque principale, qui vinrent déclarer que cette dépréciation n’existait pas. Si les bank-notes perdaient 25 pour 100 par rapport à l’or, ce n’était pas, selon eux, qu’elles eussent moins de valeur ; seulement le prix de l’or avait monté par suite de circonstances exceptionnelles et surtout à cause de l’agiotage dont il avait été l’objet. On cherchait comment on pourrait bien rendre fixe la valeur de la livre sterling, de façon à la mettre à l’abri de ces oscillations qui résultaient de la spéculation sur les métaux précieux. Les uns proposaient de dire qu’elle était égale à l’intérêt de 33 livres 6 shillings 8 deniers placés en rentes 3 pour 100 consolidées; d’autres, et parmi eux lord Castlereagh, soutenaient