Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 4.djvu/556

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des fleuves, soit pour la participation de l’état aux chemins de fer, l’administration des travaux publics suffise même médiocrement à sa tâche à moins d’un supplément de 70 à 75 millions par an; mais, si cette somme était bien dépensée, elle rapporterait de gros intérêts au trésor lui-même par l’influence qu’elle exercerait sur notre puissance productive.

La réédification de notre système d’enseignement, œuvre urgente s’il en est, ne se réalisera pas non plus sans dépense. Sous peine d’un abaissement irrévocable, il nous est commandé de modifier profondément notre système d’éducation et nos programmes d’études. Les locaux de plusieurs de nos grandes écoles, des principaux établissemens d’instruction publique, à Paris même, ne répondent plus à leur destination. Dans les lycées de Paris qui reçoivent des internes, les prescriptions de l’hygiène sont impossibles à suivre. Le matériel de l’enseignement, depuis les collections et les laboratoires jusqu’aux bibliothèques, est insuffisant ou suranné. Pour l’enseignement supérieur, pour l’enseignement secondaire, pour l’enseignement primaire, nous avons des modèles tout trouvés dans l’Amérique du Nord, en Allemagne, en Suisse, en Angleterre; mais l’argent manque, et peut-être bien aussi la bonne volonté n’est pas à la hauteur qu’il faudrait. La première pierre de l’édifice nouveau de la Sorbonne a été posée en 1853, elle attend encore la seconde. Nous ne pouvons tarder davantage à aborder l’œuvré générale de la réorganisation de l’instruction publique. Si ce n’est pas pour l’honneur de l’esprit français, pour sauver notre réputation littéraire qui déjà s’éclipse, que ce soit pour le développement de notre commerce et de notre richesse. De ce chef, le moins que nous ayons à dépenser dans l’intervalle d’une dizaine d’années serait de 200 à 300 millions à la charge de l’état, sans compter ce que fourniraient les départemens et les communes, et outre un accroissement des dépenses courantes inscrites au budget. La somme disponible que nous prévoyions il y a un instant pourrait servir aussi à remplir cet objet.

Je termine en reconnaissant ce dont le lecteur n’aura pas été long à" s’apercevoir, que dans cet essai j’ai à peine effleuré le sujet. Les développemens que comporte la question des finances françaises sont indéfinis. Le gouvernement lui-même, continuellement dérangé par les tiraillemens de la politique, a grandement besoin d’y réfléchir, et sans doute il y consacrera une partie des loisirs que vont lui donner les vacances de l’assemblée. Il n’a pas encore de thème dont lui-même puisse être satisfait. Je m’estimerais heureux si quelqu’une des observations présentées ici l’aidait à se mettre sur la voie de la solution qu’il n’a pas trouvée encore.


MICHEL CHEVALIER.