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REVUE. — CHRONIQUE.

les partis. » Cette parole récemment prononcée par M. le maréchal de Mac-Mahon n’a point été dite évidemment sans intention ; mais comment l’entend-on dans le gouvernement lui-même ? comment est-elle interprétée par ceux qui sont le plus rapprochés du gouvernement ?

L’autre jour, le garde des sceaux, M. Tailhand, a payé sa bienvenue à ses compatriotes de l’Ardèche en leur racontant un apologue qui n’est pas précisément neuf, mais qui a sa moralité. M. Tailhiand, dans un mouvement d’imagination, a dit à ses auditeurs que nous étions sur un vaisseau qui, après avoir été longtemps battu par la tempête, « a failli un jour rentrer au port. » Ce malheureux vaisseau a rencontré des vents contraires qui l’ont rejeté en pleine mer : il ne faut pas cependant perdre confiance. Grâce à la fidélité et au dévoûment de l’équipage, grâce surtout au courage et à l’énergie du capitaine, « le navire rentrera triomphalement au port, » ce qui veut dire en d’autres termes que la France a failli arriver à la monarchie, il y a un an, qu’elle ne l’a pas pu par des circonstances contraires, mais que le gouvernement se propose de l’y ramener. C’est l’interprétation d’un ministre. Autre explication : tout récemment, dans un banquet agricole, M. le préfet des Vosges, un représentant du gouvernement, a entrepris à son tour d’éclairer la question en définissant le septennat. La définition n’éclaircit peut-être rien ; mais M. le préfet des Vosges a aussitôt ajouté qu’il y avait de vrais et de faux amis du maréchal, — sans doute des amis du premier et du deuxième degré, comme on disait sous l’empire, — que « les amis du maréchal ne peuvent pas être ceux qui ont voté contre l’organisation du septennat, qui votent chaque jour contre ses ministres, et qui combattent les candidatures conservatrices. » Ailleurs on parle plus net encore et on dit : le maréchal a été élu par le parti conservateur, il doit gouverner exclusivement par et pour le parti conservateur, sinon, non ! — Fort bien ; mais alors que devient l’appel de M. le président de la république aux « hommes modérés de tous les partis ? » Voici trois explications : l’une assure que le septennat est la « préface de la monarchie, » l’autre qu’il est le monopole du parti conservateur indépendamment de la monarchie, la troisième qu’il est le gouvernement des modérés de tous les partis. Des hommes comme M. Dufaure, comme M. Casimir Perler, qui recevait l’autre jour M. Thiers à Vizille, sont-ils des démagogues ? doivent-ils être exclus des rangs des modérés, des conservateurs, des amis du maréchal, parce qu’ils ont voulu dès l’origine voter cette organisation constitutionnelle qu’il demandait, que la droite lui a refusée jusqu’ici ? Et voilà où l’on en vient ! On arrive à ne rien définir, à ne rien éclaircir, à laisser flotter cette pensée de direction qui serait si nécessaire, qui seule pourrait décider, presser la réalisation de cette sage parole, le gouvernement des hommes modérés de tous les partis dans les conditions actuelles organisées, précisées et fortifiées. Qu’en résulte-t-il ? C’est que cette incertitude réagit sur tout, sur les