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élections législatives qui viennent de se faire ou qui se préparent, comme sur les élections prochaines des conseils-généraux. Par une conséquence qui n’a rien d’extraordinaire, la politique s’introduit avec ses troubles, avec ses contradictions passionnées, jusque dans ces modestes élections de conseillers-généraux, où il ne devrait y avoir en jeu que des considérations d’intérêt local, et la chose est d’autant plus grave qu’il y a cette année 1,400 membres des assemblées départementales à réélire. Ce sera évidemment jusqu’à un certain point une manifestation qui pourra avoir sa valeur. D’un autre côté, les élections politiques elles-mêmes sont l’image de la confusion des esprits ; elles deviennent l’occasion des alliances les plus étranges, des combinaisons les plus bizarres, les plus obscures et les moins décisives. C’est à peu près inévitable. Il y a du moins un point de la France, Nice, où toutes les préoccupations de parti devraient se taire, où les hommes de toutes les nuances d’opinions politiques devraient s’entendre pour n’élire que des Français fidèles à la place des députés qu’on va remplacer et qui représentaient une pensée plus ou moins déguisée du démembrement national. Non, la France ne peut oublier de sitôt que tout est changé, et si elle l’oubliait dans ses affaires intérieures, elle le sentirait à ce qu’il y a de difficile, de délicat, dans sa situation en Europe, au milieu de toutes ces questions qui se succèdent, auxquelles elle s’est intéressée et qui lui rappellent trop quelquefois la différence des temps. La France n’était point étrangère, il y a huit ans, à un certain article d’un certain traité de Prague qui, en mettant fin à la guerre de la Prusse contre l’Autriche, suite de la guerre de l’Autriche et de la Prusse contre le Danemark, réservait le droit des populations du Slesvig du nord. Ces populations, particulièrement danoises et provisoirement retenues par la Prusse, devaient être consultées sur leur condition définitive ; elles devaient dire si elles voulaient passer à l’Allemagne avec le duché tout entier ou si elles voulaient rester attachées au Danemark. Il n’est point douteux que l’article existe encore, puisqu’il n’a pas été abrogé, et qu’on peut l’invoquer, puisqu’il n’a jamais été exécuté ; mais bien des choses se sont passées depuis 1866. La France a eu d’autres questions de frontières à vider, l’Autriche n’a pas cru nécessaire de réclamer pour si peu, le Danemark n’était pas en position de se montrer bien pressant, et la Prusse, jugeant que ce qui avait été bon à prendre était bon à garder, est restée en possession des districts du Slesvig dont le sort avait été réservé.

La Prusse a procédé en souveraine incontestée et définitive. Oui, sans doute, le chancelier de l’empire austro-hongrois, M. le comte Andrassy, est probablement assez peu disposé à mettre sa diplomatie en mouvement pour l’exécution du traité de Prague ; M. le duc Decazes, de son côté, a peut-être d’autres soucis ; mais le Danemark, si modeste qu’il soit, n’a aucune raison de passer condamnation sur des droits qui ont