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Ce sont de lourdes embarcations, ayant environ 7 mètres de quille, creuses et larges, solides à la mer, mais difficilement maniables en raison de leur poids. Par gros temps, il devient souvent impossible de les embarquer ; dans ce cas, il faut se résoudre à les perdre. Les navires les installent « en dromes » au-dessus de leurs ponts, ou les assujettissent solidement à l’extérieur : les grands bancquiers en ont jusqu’à quatre pour parer aux avaries. Un bâtiment de 300 tonneaux arme généralement deux chaloupes et met dehors 10,000 hameçons ; les palangres sont tendues à sa voile, formant un cercle autour de lui. Ce travail est long et parfois difficile, et fréquemment les pêcheurs ne sont de retour à leur bord que bien avant dans la nuit. Au jour se fait le travail inverse, et les lignes sont relevées en commençant par le bout du large. Cette double opération s’appelle « une marée ». Il est rare qu’un bancquier se résigne à ne pas expédier ses chaloupes ; on est souvent confondu de les voir tenir la mer par grande brise et temps forcé.

Si la place est mauvaise, il faut appareiller et changer de mouillage. Si tout d’abord l’endroit est bien choisi sur un fond de sable ou de petits graviers dont la morue fait ses délices, le poisson s’accumule promptement dans les cales. Dès qu’il arrive à bord, les « trancheurs » enlèvent la tête, les « décolleurs » l’arête médiane ; on le lave avec soin, et les foies sont mis à part. Quand la morue est ainsi préparée, on l’arrime entre deux couches de sel, et c’est là qu’elle prend cette forme aplatie que nous lui connaissons ; elle est alors à l’état de « morue verte, » et peut se conserver pendant quelque temps.

La morue de grande taille, la plus appréciée des armateurs, se trouve surtout dans les parages du Grand-Banc ; débarrassée de sa tête, elle mesure environ 0m,60 ; elle atteint parfois des dimensions plus considérables, on en a vu qui ne pesaient pas moins de 45 livres. Sur le Banquereau et sur le Banc de Saint-Pierre, le poisson est plus petit, et les pêcheurs l’appellent « petit moruau » ; à grandeur égale d’ailleurs, la morue du Grand-Banc est plus lourde et mieux nourrie que celle du Banquereau. On explique la présence du petit poisson sur les bancs où la profondeur est moins grande en disant que la morue va frayer sur les petits fonds. On prétend aussi que le Banquereau, se trouvant sur son passage quand elle remonte dans le golfe Saint-Laurent à mesure que la température s’élève, ne peut suffire aux exigences de nourriture d’une population si compacte ; de là l’infériorité de poids du poisson que l’on y pêche. Un navire de 200 à 300 tonneaux dont la pêche est favorisée prend en moyenne de 1,000 à 1,500 morues par jour ; dans les années heureuses, la valeur d’une bonne journée sur les bancs peut atteindre et souvent dépasser 2,000 francs. La part de l’équi-