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FORMOSE
ET
L'EXPEDITION JAPONAISE

Les esprits observateurs qui suivent avec un intérêt bien justifié la transformation du Japon et le spectacle de ses luttes intérieures n’ignorent pas que le mikado a tout récemment ordonné l’envoi d’une force armée sur un point de l’île chinoise Taïwan, mieux connue en Europe sous son nom d’origine portugaise, Formose. La presse étrangère de l’extrême Orient, celle qui porte un attachement sincère au Japon, avait espéré que la cour de Yeddo, prêtant l’oreille aux avis de sages conseillers, repousserait comme inopportune l’idée de cette aventure ; mais une raison politique et l’ardeur belliqueuse d’un peuple naturellement batailleur ont triomphé de la résistance d’un petit nombre d’hommes prudens. L’attaque sur Formose, c’est-à-dire l’invasion d’un territoire appartenant aux Chinois, est à cette heure un fait accompli.

C’est le massacre de quelques pêcheurs japonais, jetés par les hasards de la mer au milieu des peuplades sauvages de l’île Formose, qui est le prétexte de cette guerre ; pourtant est-ce bien le besoin de représailles qui a seul poussé les Japonais à cette périlleuse entreprise ? Quelle urgente nécessité y avait-il pour la jeune nation de compromettre par l’éventualité d’une rupture avec un puissant voisin le développement pacifique de ses réformes ? N’était-ce pas téméraire d’exposer ainsi une flotte nouvelle et chèrement acquise, soit à se briser sur les falaises d’une île sans rade et sans abri, soit à périr au sein d’un mer où les typhons se succèdent avec une effrayante rapidité pendant plusieurs mois de l’année ? Qu’est-ce que Formose, cette terre à peu près inexplorée, peuplée dans sa partie