Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 6.djvu/471

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


devenu. Deux alternatives restaient à ces misérables : gagner le centre de l’île et ses montagnes, ou périr égorgés par les tribus au milieu desquelles il leur fallait passer pour atteindre les hauteurs. Si la route est restée libre pour eux, personne n’est plus en mesure de les atteindre. Les montagnes du sud, celles qui entourent Loong-kiao, sont élevées, il est vrai, mais néanmoins d’un accès facile, tandis que celles du nord sont d’une altitude à les rendre presque inabordables pour une armée.

Après cette victoire, qui rendait le corps expéditionnaire maître non-seulement de la pointe sud de Formose, mais encore des environs, à l’est comme à l’ouest, les tribus indépendantes, moins deux, vinrent au camp faire leur soumission. Rangés en cercle au milieu de l’armée japonaise, en présence d’officiers revêtus de brillans uniformes, les seize principaux chefs des sauvages reçurent en cadeau et comme un gage de paix des drapeaux de différentes couleurs. On versa aux nouveaux alliés de grandes rasades de vin de Champagne ; l’émotion produite par la douce liqueur fut telle qu’on les vit fondre en larmes et protester de leur haine pour leurs. camarades vaincus pu absens et de leur amitié profonde pour les vainqueurs.

Lorsqu’à cette époque les Japonais firent la visite de leur hôpital militaire, ils comptèrent 90 lits occupés : 8 l’étaient par des fiévreux, 82 par des soldats frappés de coups de feu. Le nombre des hommes tués à l’ennemi est resté inconnu, mais il a dû être bien inférieur à celui des blessés. On peut en conclure que le châtiment terrible infligé aux Boutans a été obtenu en somme sans une trop grande effusion de sang.

Jusqu’ici nous n’avons point parlé de l’effet produit en Chine par la nouvelle de l’attaque d’une de ses colonies ; nous avons en cela imité le gouvernement chinois, lequel, frappé de stupeur, n’a donné aucun signe de vie pendant tout le cours des opérations militaires des Japonais. Cependant, lorsque le bruit lointain de la soumission complète des tribus barbares parvint à Pékin, le taotai ou gouverneur de l’île Formose fit afficher quelque temps après dans Taïwan-fou, la capitale, une proclamation dont voici le résumé : « Les Japonais sont venus dans cette contrée pour punir les Boutans, coupables du meurtre de certains indigènes des îles Lao-chou. Ils en ont tiré vengeance ; mais, comme l’armée d’invasion ne semble pas se disposer à quitter le pays, l’empereur de Chine vient de m’aviser qu’il envoyait à Formose deux hauts fonctionnaires chargés d’ordonner aux Japonais de rentrer chez eux. Les Boutans étaient certainement coupables ; cependant leur punition regardait là Chine et non le Japon. Les hauts-commissaires de l’empereur sont partis