Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/111

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Quoi qu’il en soit, l’installation et le peuplement du village sont achevés ; cinquante-quatre familles s’y trouvent déjà établies, quelques autres y seront envoyées au mois d’octobre prochain pour occuper les dernières maisons vacantes. La grande majorité des colons est active et laborieuse ; ils se montrent très satisfaits de leur sort, ils élèvent des porcs, des volailles, entourent leurs jardins de clôtures et se construisent des granges de leurs propres mains ; chacun d’eux a reçu, toujours à titre d’avance, une seconde paire de bœufs, et, bien que les pluies, qui ont causé tant de désastres en France, aient là aussi gravement compromis la prochaine récolte, on peut dès maintenant tenir leur succès pour certain. Tandis que les Arabes se contentent de gratter la surface du sol, la charrue européenne, enfonçant de 20 à 25 centimètres, aide à obtenir de cette terre vierge, admirablement féconde, des résultats prodigieux. Les arbres plantés en bordure le long des rues ont fort bien réussi. Azib-Zamoun dispose d’une quantité d’eau potable suffisante en toute saison aux besoins de sa population et de ses bestiaux ; quelques travaux permettraient de capter encore deux ou trois belles sources et d’irriguer tous les jardins dans le voisinage des habitations. L’état sanitaire de la petite colonie n’a pas cessé d’être excellent, même pendant la période d’acclimatation des familles : toutes recommandations d’ailleurs avaient été faites et renouvelées aux colons de vivre sobrement, de prendre garde aux changemens de température et d’éviter les insolations. Le médecin de colonisation fixé au centre voisin de Bordj-Menaïel est tenu de venir à Azib-Zamoun une fois au moins par semaine. Déjà la maison d’école est achevée, et un instituteur laïque originaire des pays annexés vient d’entrer en fonctions. Des sœurs dirigeront l’école des filles ; elles auront la garde d’une petite pharmacie pour donner, le cas échéant, les premiers soins aux malades. La construction de l’église, déjà commencée, sera terminée dans le courant de cette année même ; jusqu’ici le curé de Bordj-Menaïel se rendait tous les dimanches au village, et l’office religieux était célébré dans la maison d’un des colons ; un desservant du culte catholique est aujourd’hui spécialement attaché à Azib-Zamoun. Dans tout le pays, la sécurité est parfaite. Cependant les mœurs et le caractère bien connu des indigènes exigeaient encore certaines mesures de prudence : les uns, soit insouciance, soit malignité, coupaient les jeunes arbres nouvellement plantés pour s’en faire des manches de fouet ; les autres avec leurs troupeaux venaient vaguer sur les terres des colons. Pour remédier à cet état de choses, un garde champêtre a été nommé par la société qui veille sur les récoltes et empêche toute déprédation. Du reste il est probable qu’une brigade de gendarmerie sera avant peu installée à Azib-Zamoun ; la question a été déjà agitée