Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/110

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genre. Tantôt c’est un des colons qui, trop vite imité par d’autres, vend les bœufs et les meubles à lui confiés, et qu’il faut chasser du village ; tantôt c’est un retard survenu dans l’exécution des travaux de voirie et qui pourrait compromettre la santé des habitans. Intéresser tout le monde à son but, maintenir entière l’autorité morale dont il importe que l’administration supérieure demeure investie, défendre ses droits sans blesser personne, savoir obtenir sans rien exiger, tel est le problème de chaque jour.

Cependant le bienveillant intérêt porté aux familles des Alsaciens-Lorrains émigrés en Algérie ne pouvait dégénérer en faiblesse et faire oublier à la société les règles de l’équité. Elle se doit à elle-même, elle doit à ses souscripteurs de soulager également toutes les misères et de tirer le plus large parti possible de l’argent dont elle dispose. Aussi, quand elle a fourni à ses colons d’Azib-Zamoun tous les objets nécessaires à leur installation, elle n’a point prétendu les traiter avec une faveur particulière, leur faire un don gratuit : ainsi que le porte un traité sous forme de bail consenti par les colons avant leur départ, ce sont là de simples avances, sans intérêts, il est vrai, mais remboursables en un temps donné sur le produit des récoltes. Il a donc été fait un relevé exact de toutes les choses fournies à chaque colon, y compris la maison, les vivres, les semences, et celui-ci en retour s’est engagé à rembourser à la société par annuités, en l’espace de six ans, à partir de la troisième récolte, le montant complet des avances, après quoi il restera seul et légitime propriétaire de sa concession. Cette combinaison est des plus heureuses en ce qu’elle sauvegarde tout à la fois la dignité du colon, qui devra pour une bonne part à son travail le bien-être de sa famille, et aussi les intérêts de la société, qui pourra faire servir à d’autres besoins ses fonds redevenus disponibles. Un moment même, pour hâter ce remboursement et permettre à ses protégés d’entrer plus tôt en possession de leur terres sans qu’ils courussent le risque d’être exploités par les Juifs indigènes, M. d’Haussonville avait voulu leur faciliter le moyen de recourir à quelque établissement de crédit. A sa prière, le Crédit foncier s’est chargé d’estimer la valeur qu’il attribue dès à présent à chacun des lots des colons, et, quoique l’estimation, suivant l’usage, ait été faite à un taux bien inférieur au prix vénal des terrains, elle s’est trouvée dépasser déjà, après moins de deux ans, le montant des sommes avancées. Néanmoins, après réflexion, M. d’Haussonville n’a pas jugé bon de donner suite pour le présent à son projet d’emprunt hypothécaire ; comme le général Chanzy, qui s’est préoccupé de la question, il eût craint que plusieurs d’entre les colons ne profitassent de ces facilités de crédit pour liquider leur avoir et vider le pays ; il faut attendre qu’ils soient mieux fixés encore et plus attachés au sol.