Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/119

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la plus grande partie de ce territoire a été confisquée, se sont fait remarquer par leur acharnement dans la dernière insurrection. Taourga, au point central d’un plateau qui domine le Sebaou, jouit également d’une position salubre et d’eaux abondantes, on y trouve des bois d’orangers et d’oliviers, des figuiers nombreux ; mais la route est encore à faire qui, partant de Dellys et aboutissant au Pont-Neuf du Sebaou, près de Kouannin, mettrait le futur village en communication avec Dellys et la région comprise entre Azib-Zamoun et Tizi-Ouzou ; là aussi les indigènes se montrent assez hostiles. Resterait le territoire de Dra-ben-Kedda, traversé par la route de Tizi-Ouzou et reliant le Gamp-du-Maréchal à Boukhalfa ; c’est le meilleur choix que puisse faire la société, dont tous les territoires seraient ainsi réunis en un même groupe ; le sol, moitié plaines, moitié collines, se prête à toutes les cultures ; il faudra seulement, pour rendre les lieux habitables, y exécuter, ainsi qu’on l’a fait au Camp-du-Maréchal, de grands travaux de canalisation et de boisement.

Comme on le voit, la société ne manquera point de terres pour ses colons à venir ; cependant, tout en réservant ses droits, elle a cru plus sage de se borner aux trois emplacemens qu’elle occupe aujourd’hui et de ne point disperser à l’infini ses ressources et ses efforts. D’ailleurs le soin de ses protégés d’Algérie ne pouvait lui faire oublier ceux qui, placés plus près de nous, ont droit encore à son assistance ; Elle a donc, avec le même zèle que par le passé, continué à venir en aide par tous les moyens aux Alsaciens-Lorrains réfugiés en France : les sommes dépensées par elle en subventions aux comités provinciaux, soins médicaux, secours en argent, frais de placemens ou de transports, distributions de vêtemens, de logement ou de nourriture, n’ont pas cessé d’atteindre depuis trois ans un chiffre considérable. Toutefois, comme il est naturel, le mouvement de l’émigration s’est fort ralenti : il ne se compose plus guère que de jeunes ; Alsaciens qui, arrivés à l’âge du service militaire, se refusent à rester Prussiens et passent la frontière ; or, si trop de raisons nous font un devoir de ne les point attirer en France, du moins est-il-permis de les accueillir ; souvent aussi leurs familles les suivent ou les rejoignent, et cette charge nouvelle retombe sur la société ; il n’y a là malgré tout rien de comparable avec l’affluence des premiers jours. Quant aux familles. émigrées depuis longtemps, de moins en moins elles auront besoin d’assistance. Jamais il n’a été dans les intentions des fondateurs de la société de créer en France une classe spéciale de Français : leurs efforts ont toujours tendu au contraire à amener la fusion la plus complète entre les Alsaciens-Lorrains obligés de quitter leur pays