Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/120

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natal et leurs compatriotes du reste de la France. Cette fusion est chose accomplie ; la majeure partie des émigrés qui avaient eu d’abord recours à la société ont maintenant acquis droit de cité dans les lieux où ils ont fixé leur résidence, et, accueillis de tous avec bienveillance, y jouissent, en cas de détresse momentanée, des ressources offertes à l’universalité des citoyens. Pour toutes ces raisons, l’œuvre de la société est destinée à se transformer peu à peu. Jusqu’ici les besoins nombreux auxquels elle avait eu à subvenir l’avaient empêchée de faire pour les enfans de ses protégés tout ce qu’elle eût voulu ; l’instruction tiendra désormais une large place dans son budget. En 1874, sans parler des allocations à plusieurs établissemens laïques ou religieux qui ont recueilli et qui élèvent de jeunes Alsaciens-Lorrains, la société a pourvu, tant à Paris qu’en province, à l’éducation et à l’instruction de près d’une centaine d’enfans des divers cultes ; fidèle à son esprit de tolérance et d’impartialité, elle laisse aux parens eux-mêmes le choix des maisons où seraient élevés leurs fils.

M. de Naurois, un des membres fondateurs, avait offert à la société une propriété bâtie et environ 8,000 mètres de terrain boisé qu’il possédait au Vésinet : on était alors convenu de créer un orphelinat pour les enfans alsaciens-lorrains ; c’est encore M. de Naurois qui a voulu se charger des dépenses de construction et d’aménagement nécessaires et qui a fait a cette intention un nouveau don de 50,000 francs. Grâce à sa générosité, les bâtimens seront prêts à recevoir avant l’automne 25 jeunes filles d’Alsace-Lorraine, et ce nombre pourrait être plus que doublé. Déjà plusieurs personnes de la haute société parisienne ont déclaré leur intention de fonder à leurs frais des lits ou places gratuites dans l’établissement ; cet exemple ne tardera pas sans doute à être suivi et permettra de donner à l’institution tout le développement qu’elle comporte. Il semble superflu de dire que la même sollicitude, le même soin du détail qui avait assuré le succès du village d’Azib-Zamoun a présidé à l’installation du nouvel orphelinat. Vraiment infatigables, avant de rien entreprendre, les membres dirigeans de la société ont voulu visiter par eux-mêmes les meilleurs établissemens en ce genre, aussi bien publics que privés ; ils se sont rendu compte des économies possibles et des perfectionnemens désirables, ils ont comparé les méthodes, jugé des résultats. Il ne suffit pas en effet de faire œuvre de charité envers les enfans orphelins, il faut encore les rendre le plus tôt possible utiles à eux-mêmes et à leurs semblables. C’est d’après cette idée essentiellement pratique que la maison du Vésinet vient d’être organisée.


Nous avons suivi la société dans le détail de ses opérations, nous l’avons vue étendant partout son action secourable sur la famille