Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/130

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foule de tribus sauvages ou quasi sauvages de ces images gui décèlent plus ou moins le sentiment des formes ; elles n’ont point été simplement le produit de l’instinct d’imitation qui caractérise notre espèce ; l’objet en était surtout de relater certains événemens et certaines idées. Il n’y a pas un siècle que la plupart des Indiens de l’Amérique du Nord avaient l’habitude d’exécuter des peintures représentant d’une façon plus ou moins abrégée leurs expéditions guerrières, leurs chasses, leurs pêches, leurs migrations, et à l’aide desquelles ils se rappelaient les phénomènes qui les avaient frappés, les aventures où ils avaient été engagés. Les Peaux-Rouges consignaient aussi dans ces grossiers tableaux leur science et leur mythologie, des prescriptions médicales et des formules magiques. Ils se servaient d’un pareil moyen pour transmettre des ordres et envoyer des propositions à leurs ennemis et à leurs alliés. L’on a publié quelques-unes de ces peintures, qui ressemblent, à s’y méprendre, aux dessins que nous barbouillons dans notre enfance. Les progrès de ce mode d’expression de la pensée se sont confondus avec ceux de l’art ; mais les races qui n’ont point connu d’autre écriture ne poussèrent pas bien loin l’imitation des formes de la nature. Quelques populations atteignirent pourtant à un degré assez remarquable d’habileté dans ce qu’on pourrait appeler la peinture idéographique. Entre les races de l’Amérique septentrionale, dont les langues étaient si variées, quoiqu’elles se rattachent à une même souche, celles qui peuplèrent le Mexique possédèrent un art véritable, et à la fin du XVe siècle elles étaient arrivées à un emploi réellement étonnant des représentations idéographiques.

Lorsqu’en 1519, le jour de Pâques, Fernand Cortez eut pour la première fois une entrevue avec un envoyé du roi de Mexico, il trouva celui-ci accompagné d’indigènes qui, réunis en sa présence, se mirent immédiatement à peindre sur des bandes d’étoffe de coton ou d’agave tout ce qui frappait pour la première fois leurs regards, les navires, les soldats armés d’arquebuses, les chevaux, etc. Des images qu’ils en firent, les artistes mexicains composèrent des tableaux qui étonnaient et charmaient l’aventurier espagnol. Et comme celui-ci leur demandait dans quelle intention ils exécutaient ces peintures, ils lui expliquèrent que c’était pour porter à Montézuma et lui faire connaître les étrangers qui avaient abordé dans ses états. Alors, en vue de donner au monarque mexicain une plus haute idée des forces des conquistadores, Fernand Cortez fît manœuvrer ses fantassins et ses cavaliers, décharger sa mousqueterie et tirer ses canons, et les peintres de reprendre leur pinceau et de tracer sur leurs bandes d’étoffe les exercices si nouveaux pour eux dont ils étaient témoins. Ils s’acquittèrent de leur tâche avec une telle fidélité de reproduction que les Espagnols s’en émerveillèrent.