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système cunéiforme, devint l’écriture cursive des habitans, et donna naissance à une écriture nouvelle qui finit par déposséder complètement l’antique cunéiforme. C’est l’écriture pehlevi, ainsi appelée du nom de la langue à laquelle elle fut adaptée, langue qui prédominait à la cour des rois parthes arsacides. L’écriture pehlevi continua à être employée en Assyrie et en Perse durant plusieurs siècles ; elle survécut même à la chute des Sassanides, car on la trouve encore usitée sous les premiers califes et sous les régens ou ispehabeds du Tabéristan.

Les formes de l’alphabet pehlevi, dont Silvestre de Sacy a établi l’origine araméenne, ont varié suivant les époques ; elles ne sont pas les mêmes dans les inscriptions et sur les monnaies sassanides, on en retrouve un autre type dans les manuscrits. De l’alphabet pehlevi est dérivé, selon toute apparence, l’alphabet zend, à l’aide duquel sont écrits plusieurs des livres de Zoroastre, que conservent les parsis. Il avait remplacé, ainsi que le pehlevi, une écriture qui prévalut chez les Perses au temps de la dynastie des Achéménides et qu’on voit employée dans les inscriptions de Persépolis d’Hamadan et sur l’une des trois colonnes de la célèbre inscription trilingue de Bisoutoun ; c’est celle dont on doit le déchiffrement aux recherches d’E. Burnouf, de H. Rawlinson, de J. Oppert et d’autres orientalistes ; elle est alphabétique, bien que les caractères en soient composés à l’aide d’élémens cunéiformes. Peut-être a-t-elle pris naissance sous l’influence de l’écriture araméenne de l’Assyrie, mais son alphabétisme garde encore des traces du syllabisme anarien et même de l’usage des idéogrammes. Cette écriture, née dans la Susiane, disparut après la chute des Achéménides, et l’influence des conquêtes d’Alexandre fit pénétrer jusqu’aux bords de l’Euphrate l’alphabet grec en même temps que la langue hellénique devenait la langue officielle de l’empire des Séleucides. Quant à l’antique cunéiforme assyrien, dépositaire de la science chaldéenne, il résista plus longtemps, et il était encore parfois appliqué à l’époque des Arsacides. Les conquêtes de l’islam durent en amener le complet anéantissement. Il ne laissa d’autre souvenir à Mossoul que celui d’une écriture où chaque caractère pouvait avoir plusieurs sens différens. Les populations musulmanes le tinrent, dans leur ignorance, pour un assemblage de signes magiques, tandis qu’en Perse les inscriptions persépolitaines passaient pour l’œuvre des héros fabuleux du pays de Djemschid ou de Féridoun. Si l’alphabet zend vécut peu, il eut en revanche une lignée qui a fait preuve de plus de longévité, car cet alphabet paraît avoir donné naissance à celui qui remplaça en Arménie le système cunéiforme particulier dont nous trouvons quelques monumens. Au