Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/211

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sans réplique à ceux qui ont contesté de tout temps la possibilité d’établir un culte sérieux sur les simples formules du théisme.

Je ne puis pas témoigner autant de confiance dans l’avenir de la congrégation dirigée par le docteur P. W. Perfitt. M. Perfitt officie dans la free church de Newman street. C’est un fait assez curieux que la chapelle unitaire de Little-Portland street, la congrégation du révérend Charles Voysey et celle du docteur Perfitt se trouvent toutes trois à quelques minutes l’une de l’autre. Toutefois l’épigraphe pompeuse « d’église libre » ne décore également qu’un music hall, de forme rectangulaire, avec une scène, un parterre et une galerie. Cette salle appartient, ainsi que l’étage supérieur, à la Société des réformateurs religieux indépendans (Society of independent religions reformers), qui patronne spécialement le culte du docteur Perfitt. Un imprimé, qu’on me remit à l’entrée, portait d’un côté le titre des sermons annoncés pour chaque dimanche du mois, de l’autre les statuts fondamentaux des réformateurs religieux indépendans. Ils s’y donnent pour objet : « 1° de réunir les personnes désireuses de cultiver le sentiment religieux dans une forme dépouillée de tout esprit dogmatique, de toute intolérance sectaire, de tout ferment sacerdotal ; 2° de découvrir et de formuler les vérités en relations avec les lois de la nature, les progrès des intelligences et les vies des hommes de bien dans tous les camps et dans tous les pays ; 3° de remplir notre devoir religieux envers la régénération de la société en coopérant aux efforts de toute association organisée en vue d’abolir la superstition, l’ignorance, l’intempérance, l’inégalité politique ou tout autre des maux nombreux qui affligent actuellement la société. » Toute personne, « mâle ou femelle, » désireuse de concourir à ces divers objets, peut faire partie de la société sans avoir à signer aucune profession de foi, pourvu qu’elle s’engage à payer une cotisation d’au moins 1 livre sterling par an.

Le service était annoncé pour onze heures et quart. A onze heures vingt, il y avait peut-être une douzaine de personnes dans la salle ; mais les fidèles, si je puis employer ce terme, continuèrent d’arriver isolément pendant l’office, si bien qu’à la fin de la cérémonie je pus compter 57 assistans ; c’était peu néanmoins pour une salle capable de contenir 300 ou 400 personnes. Ce public me parut exclusivement fourni par la classe moyenne ; cette fois c’étaient les femmes qui étaient en infime minorité ; à peine en comptais-je 6 ou 7. L’effet scénique n’était pourtant pas négligé. La tribune de l’officiant occupait le centre de la rampe. Le chœur, — a full choir, comme annonçait l’affiche, — réduit pour la circonstance à 3 femmes et à 2 hommes, loin de se dissimuler dans le jubé, comme à la chapelle de Little-Portland street, où