Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/212

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de se dérober derrière le rideau, comme à Sairit-George’s hall, était assis en évidence sur des bancs placés aux deux côtés de la scène (et, ma foi, l’on n’y perdait rien, car les chanteuses me parurent fort jolies). Aussitôt que le docteur Perfitt eut pris sa place, les choristes se levèrent pour se ranger en ligne, derrière son pupitre, et entonner avec beaucoup d’ensemble un hymne qu’accompagnait un orgue sonore aux tuyaux dorés. Quand ils eurent repris leurs sièges, le docteur Perfitt formula en termes assez chaleureux une prière improvisée « au Dieu qui voit dans nos cœurs, » et, après le chant d’un nouvel hymne, lut tout un chapitre de la Bible pris dans le livre des rois, qu’il se mit ensuite à commenter d’après les procédés de la critique moderne. Un autre hymne termina le premier acte de la cérémonie. Le rideau ne descendit pas sur la scène ; mais le chœur rentra dans la coulisse, à l’exception d’une jeune et jolie chanteuse qui vint faire le tour des bancs une sébile en main. C’est la seule congrégation où j’ai vu quêter de la sorte. Dans la plupart des églises dissidentes, les frais du culte, y compris le traitement du ministre, sont couverts par les souscriptions des membres, qui en échange ont le droit de choisir leurs places pour toute la durée de l’année ; quant aux visiteurs de passage (occasional visitors), qui m’ont toujours paru assez nombreux, on %se contente de les inviter par un avertissement placardé en évidence à déposer une offrande quelconque dans un tronc placé près de la porte ; mais, à en juger par l’apparence, l’auditoire du docteur Perfitt ne constituait pas de congrégation régulière. Au reste, c’est seulement à l’office du matin que l’entrée est gratuite. Le soir, d’après l’affiche, les places coûtent respectivement 1 shilling, 6 et 3 pence ; il est vrai qu’alors la cérémonie n’est pas considérée comme un service religieux ; ce n’est plus qu’un topic suivi d’une lecture.

Le sermon ou discourse qui termina l’office auquel j’assistai avait pour titre « les moyens et la gloire de répandre la connaissance de la religion. » L’orateur y parla un peu de tout, et insista particulièrement sur l’erreur des missionnaires chrétiens qui traitent en idolâtres, sinon en sauvages, des peuples fort avancés dans la connaissance de Dieu, au lieu de se présenter, comme saint Paul aux Athéniens, avec la simple prétention de compléter leurs notions de l’être suprême et de l’âme immortelle. Le docteur Perfitt, qui officie en habit noir et en cravate blanche, se rattache par ses traits à ce type fort répandu en Angleterre qui fait songer à une tête de bouledogue ; seulement il y joint un large front qui lui donne un air d’intelligence, et une longue barbe grisonnante qu’envierait un patriarche d’Orient. Son ton reste malheureusement un peu monotone et doctoral, sans compter que sa prédication ne s’élève