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guère au-dessus d’une critique historique. Malgré les intermèdes de chant et de prière, je me serais cru à un cours d’exégèse, à une conférence sur l’histoire des religions, plutôt qu’à la célébration d’un culte, même purement déiste. J’ajouterai que l’assistance ne prend aucune part à l’office, qu’elle reste continuellement assise, qu’elle ne se joint pas même au chœur du bout des lèvres, et qu’elle n’a recours à aucun rituel pour suivre les différentes phases de la cérémonie. Ainsi s’explique l’insuccès relatif de cette église, qui par ses principes se rattache évidemment de si près à la congrégation du révérend Charles Voysey ; mais il faut observer aussi que M. Voysey est arrivé à l’organisation de son culte par le développement continu et logique de sa vocation spirituelle, tandis que l’église libre des réformateurs religieux indépendans m’a paru accuser l’inertie et la raideur inévitables des cultes imaginés à froid.


III. — DEISME. — LES FREE THEISTS DE M. MONCURE D. CONWAY.

La simple croyance en Dieu est encore un dogme, pour peu qu’on définisse les attributs de l’être divin, et qu’on fesse de cette définition le credo d’une église quelconque. Or, si l’on admet que le culte est une pure affaire de sentiment, non de raison ni de foi, il faudra Ils dégager de toute formule positive, si simple qu’elle puisse être. Partant de ce principe, un Américain de talent, M. Moncure D. Conway, a fondé, il y a une dizaine d’années, une église ouverte à tous ceux qui veulent satisfaire leurs aspirations religieuses sans distinction de croyances théologiques ou métaphysiques, — à cette seule condition qu’ils n’érigent pas en dogme la non-existence de Dieu. Une pareille conception embrasse non-seulement les théistes de toutes les écoles, mais encore les panthéistes, les positivistes à la façon de John Stuart Mill, et tous les sceptiques qui refusent de se prononcer sur la réalité d’un être supérieur. Nous n’oserions affirmer que même des matérialistes ne sauraient y trouver place, car il n’y a d’exclus que les athées proprement dits.

M. Conway, qui ne prend le titre ni de révérend ni même de docteur, est un gentleman entre deux âges, grand, maigre, d’aspect robuste, à l’a barbe grisonnante, à l’œil vif et mobile, décelant son origine américaine par l’ensemble de sa physionomie, comme peut-être aussi par là persistance d’un léger accent. Il appartenait à une de ces familles méthodistes qui chaque printemps se réunissent pour former les camps religieux si bien décrits par Bret Harte dans ses récits du far-west. Lui-même d’ailleurs nous retrace dans un de ses sermons récemment imprimés, Revivalism, un tableau émouvant des scènes religieuses qui environnèrent son enfance et des efforts inutiles qu’il tenta pour partager la