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robinet de ses candélabres pour activer le gaz, bien qu’il fît grand jour, et, ayant ouvert un gros livre, désigna par un numéro d’ordre l’hymne qui allait commencer le service. La liturgie de M. Conway ne renferme que des hymnes recueillis au nombre de cinq cent cinquante dans un petit livre, Hymns and Anthems, fort élégamment imprimé. Les cent cinquante premiers ont été compilés par Fox ; les autres par M. Conway lui-même. On conçoit qu’il n’y ait pas de prayer book dans un culte qui repousse la prière. M. Conway a remplacé ce dernier élément par des « méditations, » sorte d’allocutions morales ou religieuses, qui tendent à élever l’âme sans faire d’appel direct à la Divinité. Le reste de son service consiste dans une alternance d’hymnes — chantés, sans intervention des fidèles, par un chœur qui me parut fort bien composé, — avec des lectures choisies par l’officiant dans un de ses ouvrages, Sacred Anthology, où il a réuni avec beaucoup de sagacité plus de sept cents passages tirés d’auteurs anciens et modernes, sacrés et profanes : la Bible y figure à côté du Coran et des Védas ; Confucius y donne la main à saint Paul et à M. Renan. Cette anthologie, m’a dit M. Conway lui-même, est admise dans dix congrégations d’Angleterre, — probablement des unitaires arrivés aux confins du théisme.

Quand M. Moncure Conway eut terminé sa seconde « méditation, » l’orgue joua quelque temps en sourdine pour laisser aux fidèles le temps de rentrer en eux-mêmes et de réfléchir aux paroles de leur ministre ; puis le chœur éclata tout à coup dans un antemne fort bien exécuté sur la musique de je ne sais plus quel maestro. Alors vint le tour du sermon ou plutôt du discourse. M. Conway avait choisi ce jour-là un texte des plus laïques, la santé publique (public health), cependant, tout en restant sur le terrain pratique, il sut habilement développer les rapports qui unissent la santé du corps à la sainteté de l’âme, conformément au dicton protestant que cleanliness is next to godliness (propreté est voisine de divinité). C’est d’ailleurs un de ses principes fondamentaux que faire de la science, c’est faire de la religion, et l’on doit reconnaître qu’il s’y prend lui-même de manière à justifier cette prétention.

M. Conway prête quelquefois sa chaire à des prédicateurs étrangers. Parmi les personnages qui s’y sont fait entendre dans les derniers temps, nous citerons un colonel américain, M. Wentworth Higginson, un pasteur unitaire de Manchester, le révérend S. Farrington, et un théiste indien, actuellement membre du conseil royal dans l’île de Ceylan. — Tous les jeudis soir les membres de la congrégation se réunissent dans la chapelle, transformée en salle de discussions et pour y traiter quelque question morale ou politique, comme dans la plupart des congrégations dissidentes qui