Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/241

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un nom respecté, et d’être un libéral du dernier empire pour se montrer plus oublieux que ne l’a été tout récemment un ancien ministre de l’empire, M. Magne, qui, parlant, lui aussi, dans un banquet de la Dordogne, n’a pas craint de rappeler l’œuvre nationale de M. Thiers ? Est-il donc si difficile d’être simple et équitable, de se rendre quelque justice les uns aux autres, tout au moins de ne pas s’offenser mutuellement, et de se dire que nous sommes dans un temps où la France n’a pas trop de tous ceux qui peuvent la servir et l’honorer ? Quand on fera l’histoire intime et vraie des dernières années, on saura la part désolante que les souvenirs mal éteints, les incompatibilités d’humeur, les vivacités personnelles, ont eue dans les crises les plus graves. Les hommes qui se laissent aller à ces jeux de la politique ne s’aperçoivent pas que la France a bien un peu le droit de se plaindre de ces divisions, qui n’ont d’autre effet que d’affaiblir l’action collective des opinions modérées et de livrer quelquefois les intérêts les plus sérieux du pays à l’esprit de parti, aux impatiences de domination toujours prêtes à profiter de tout.

Esprit de parti, esprit de domination, c’est le grand ennemi qui menace tout, qui peut compromettre jusqu’à cette expérience inaugurée par une loi récente. Que résultera-t-il en effet de cette liberté de l’enseignement supérieur sanctionnée par l’assemblée aux derniers jours de la session ? C’est là justement la question qui commence à s’agiter un peu partout, qui entre dans ce qu’on pourrait appeler la phase pratique, et autour de laquelle les opinions, les passions, les défiances, se donnent plus que jamais rendez-vous. Le fait est que, dans cette pacifique liberté des vacances, à côté des discours et des manifestations de toute nature qui se succèdent, les réunions d’un caractère religieux se multiplient depuis quelques jours. Congrès des œuvres catholiques à Poitiers, congrès des cercles catholiques d’ouvriers à Reims, conférences épiscopales à Paris ou à Angers, homélies, pastorales, tout se mêle. Au fond, dans toutes ces réunions semi-ecclésiastiques, semi-laïques, la vraie question, c’est toujours l’enseignement supérieur. Naturellement ceux qui ont vu dans la loi nouvelle une victoire de leurs idées et un moyen de propagande se hâtent de mettre leur succès à profit. Ils veulent montrer qu’ils sont en mesure de se servir de cette liberté qu’ils comprennent à leur manière. On évalue ses forces, on ouvre des souscriptions, on cherche des professeurs et on rédige des programmes. Fort bien, c’était facile à prévoir, et il ne faut pas s’en étonner. À vrai dire, calculs et projets ne sont point exempts d’illusions ; l’imagination des fondateurs d’universités et des régénérateurs de la France par l’enseignement clérical va un peu vite. On fera beaucoup de bruit, on tiendra des conférences, on agitera toute sorte de questions d’organisation, de discipline, et de tout ce mouvement il restera peut-être en définitive moins qu’on ne croit. Quand on en viendra au fait, on s’apercevra bien vite