Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/242

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qu’il n’est pas si aisé d’ouvrir des chaires, d’avoir des professeurs instruits, de rassembler un nombre suffisant d’élèves, d’égaler les ressources à toutes les nécessités de fondations sérieuses et multipliées. On le reconnaît déjà pour les facultés de médecine, devant lesquelles on semble s’arrêter pour le moment, et les facultés de droit, des sciences, des lettres, ne sont point elles-mêmes des créations faciles à improviser. M. l’évêque d’Angers, qui s’est montré le plus empressé à entrer dans cette carrière, paraît se borner pour aujourd’hui à ouvrir des cours de droit et des lettres. Le principal effort sera sans doute concentré à Paris. Hors de là, il y aura peut-être quelques facultés à Lille ou à Toulouse, et au bout du compte il n’est point impossible que la réalité ne reprenne promptement ses droits.

Ce qu’il y a de plus grave et de plus dangereux peut-être, c’est que ce mouvement, sans être jusqu’ici suffisamment mûri et coordonné, a l’inconvénient de dévoiler un esprit qui en viendrait facilement à dépasser les limites de la loi sur l’enseignement et même de toute loi. On ne le cache pas, on le dit tout haut avec une naïveté redoutable. Les universités nouvelles doivent être des institutions exclusivement catholiques, rattachées par leurs statuts, par toute leur existence, au saint-siège. Ce qu’on entend par la liberté de l’enseignement, un auditeur de Rote, Mgr Nardi, est allé le dire à Poitiers. L’enseignement libre, c’est un mot qui donne le frisson à Mgr Nardi, il n’y a de liberté légitime que la liberté d’enseigner le bien et le vrai définis par l’autorité religieuse. Ce qu’on entend par l’enseignement du droit, un membre de la compagnie de Jésus, le père Sambin, l’a dit aussi à Poitiers. Le droit moderne est la cause de toutes les perturbations sociales. Tout le mal vient du principe de la souveraineté de la nation, de ce fait que « la loi n’est plus que l’expression de la volonté générale. » C’est la mission des universités catholiques de renouveler les études du droit. Bref, ce serait une campagne en règle engagée contre la société moderne et son esprit, contre les lois civiles et politiques. On ne voit pas qu’on créerait ainsi une situation toute particulière, où il s’agirait de savoir si, sous le voile de la liberté, des associations investies en certains cas du caractère de la personnalité civile pourraient enseigner le mépris des lois sur lesquelles repose la société française. Toujours est-il qu’il en résulte nécessairement pour l’état un devoir nouveau d’activité et de vigilance. Que l’enseignement soit libre, puisque la loi a créé cette liberté, il n’y a rien à dire ; mais l’état a désormais deux obligations impérieuses. Il doit s’occuper sans plus de retard de tout ce qui peut fortifier son enseignement, cette université à laquelle on en vient à disputer le titre d’université de France, et il est tenu de maintenir dans ses actes, dans la direction qu’il donne aux affaires, son caractère de représentant de la société moderne ; il ne doit pas surtout avoir toujours l’air