Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/325

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à étouffer le protestantisme spéculatif, celui qui était un effort de la conscience pour embrasser dans son ensemble la nature de l’homme et sa position.

En ce moment encore, pendant que l’ultramontanisme cherche à reconquérir la France par des pèlerinages et des universités libres d’enseigner le Syllabus, il se produit à quelques lieues de nos côtes une nouvelle agitation religieuse des plus significatives. Cette fois l’Angleterre reçoit au lieu de donner. Son méthodisme, après avoir émigré aux États-Unis et s’être transformé dans cette patrie du laisser-faire absolu, est revenu chez elle, et depuis deux ans déjà trois missionnaires laïques américains s’appliquent avec une énergie surhumaine à réveiller les royaumes-unis comme ils avaient d’abord réveillé leur propre pays ; mais il s’agit ici de choses inconnues au public français, et mieux vaut peindre que d’expliquer. Voyons donc ce nouveau méthodisme à l’œuvre. Il n’importe que nous allions l’observer à Londres ou à Manchester, à Brighton ou à Glasgow, en Irlande ou en Allemagne, car il a aussi tenté de porter ses prédications en Allemagne et jusque chez nous. Partout, sauf le nombre variable des auditeurs, nous retrouverons les mêmes scènes. Rien pour les sens, rien pour l’intelligence non plus ; nulle trace de liturgie, de tradition ecclésiastique, de clergé régulier : l’inspiration de la ferveur individuelle est tout. Comme lieu de réunion, un hangar ou des tentes dans un champ, ou une vaste salle construite tout exprès aux frais des fidèles, ou encore un théâtre que des assemblées de 12,000 personnes et plus gorgent deux fois par jour. Sur une estrade, un Hercule de foi et de volonté qui magnétise ces foules énormes, qui s’efforce par les effluves de sa ferveur de leur donner comme une sensation effarée de leur malice cachée et de leur impuissance à s’en guérir. C’est au remords, au sens moral seul qu’il s’adresse, et après de longues prédications remplies d’expériences, comme il dit, remplies de confessions intimes, de récits anecdotiques, il s’écriera tout à coup : « Est-ce qu’il n’y a personne ici qui veuille maintenant, à l’instant même, recevoir le don de Dieu et être sauvé ? » Ou il dira solennellement : « Qui de vous se sent pécheur et désire que l’on prie pour lui ? » Je continue en citant textuellement une relation : « A la fin, un des assistans se lève, les deux mains appuyées sur sa face. — En voilà uni s’écrie solennellement le missionnaire, merci à Dieu pour lui ! — Un autre, puis un autre se lèvent. — Chrétiens, continuez à prier, reprend la même voix, encore un, Jésus passe ; vous n’aurez jamais une telle occasion. »

Il ne faudrait pas supposer que les hommes qui forcent ainsi les exaltés ou les timides à se lever un à un ne soient que des fanatiques vulgaires. Ce sont des hommes pratiques et fort sensés à certains