Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/400

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défavorables à la paix publique, car la récolte précédente avait été mauvaise et l’hiver très rigoureux. Malgré les avis de l’intendant, la municipalité, ne voulant pas croire qu’une disette fût imminente, n’avait pris aucune mesure de prévoyance pour assurer la subsistance de la ville. Lorsque dans le courant de mai elle voulut s’occuper des approvisionnemens, les paysans ne voulaient plus vendre leurs grains qu’à des prix exorbitans. Chaque jour aggravait la situation ; en juillet, des scènes de désordre se produisirent dans les rues. Les ouvriers s’en prenaient de la cherté du pain au maire, Claude Huez, et au commandant militaire, Fadate de Saint-Georges ; ce dernier n’avait d’autre tort que de se montrer fort sévère envers les émeutiers. Quant au maire, c’était un conseiller au bailliage, homme honnête et bienfaisant, mais trop défiant des idées nouvelles. Comme il arrive en pareille occurrence, la populace attribuait la disette aux marchands de grains et à de prétendus accapareurs. Peut-on l’en blâmer bien fort après avoir vu les mêmes illusions se reproduire encore tout récemment ? Il s’y ajoutait alors cette circonstance aggravante, que l’autorité se trouvait affaiblie. Les troupes régulières que Saint-Georges avait sous ses ordres ne suffisaient pas à maintenir l’ordre ; alors, à l’instar de Paris, des compagnies de garde nationale se formèrent en absorbant l’ancienne milice bourgeoise, qui par ses allures aristocratiques avait perdu toute influence. La municipalité ne représentait par tradition que certaines classes de citoyens ; les agitateurs élurent, par quartier, un comité qui lui fut adjoint, toujours comme à Paris. Cette dernière mesure au moins n’avait rien de légal, et cependant l’autorité n’eut pas la puissance de s’y opposer. La garde nationale organisée, il lui fallait des armes. Au lieu de se résigner à lui en donner, le maire se les laissa enlever de force après une résistance inutile qui ne fit qu’irriter ses adversaires.

La population était donc aigrie contre Claude Huez, lorsqu’un incident de peu d’importance vint susciter un soulèvement général contre cet infortuné magistrat. Un négociant avait fait venir des farines de riz d’Angleterre sur la demande des boulangers et avec l’approbation du maire. Quand elles arrivèrent, ces farines furent jugées suspectes, et en effet des experts, les ayant analysées, déclarèrent qu’elles étaient avariées. L’agitation fut alors extrême dans la ville ; le tribunal de police, saisi de l’affaire, ordonna que les farines seraient brûlées. Claude Huez, qui présidait en l’absence du lieutenant-général de police, venait de proclamer ce jugement lorsqu’au sortir de l’audience il fut poursuivi par la foule, frappé par les perturbateurs malgré les efforts des personnes qui l’entouraient, et traîné dans les rues même après qu’il avait rendu le dernier soupir. Les émeutiers, parmi lesquels les femmes se