Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/41

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les appliquer, et se contentant de donner sa signature quand son gouvernement la lui demandait. Ainsi le trône semblait incliner à gauche vers la démocratie, et, quoique la couronne fût héréditaire, la Grèce ressemblait à une république. Il n’en était rien au fond, car la république n’est pas un gouvernement moins défini, ni moins stable que la monarchie, quand une nation sait la comprendre et qu’elle la pratique honnêtement ; mais dans un état constitutionnel l’unité est représentée par le roi, dont la main doit se faire sentir dans toutes les affaires, sans empiéter sur les droits que la loi ne lui a point conférés. Quand le roi se retire et s’efface, c’est l’unité qui se retire, et, même avec les meilleurs ministres, l’état marche inévitablement vers sa dissolution. C’est ce dont nous avons été témoins en Grèce dans ces dernières années, un peu avant et un peu après la malheureuse insurrection de la Crète.

Pendant ce temps, la composition de la société hellénique se modifiait, et de nouveaux élémens s’introduisaient dans la politique. Au sortir de la guerre de l’indépendance, il y a environ quarante-cinq ans, la Grèce était entièrement ruinée. Ceux qui, sous le joug de la Turquie, avaient par leur commerce amassé quelque argent, l’avaient consacré à la libération de leur patrie. Pendant une lutte de sept années les villes, les villages, les maisons isolées avaient disparu ; la terre demeurait inculte, et les arbres avaient été pour la plupart détruits. Après la guerre, à la faveur d’une administration telle quelle, commença ce travail de réfection dont nous voyons aujourd’hui les étonnans effets. La France, qui n’a pas cessé d’être fort riche et que les exigences prussiennes n’ont guère appauvrie, a pu sans de grands efforts réparer les maux d’une courte guerre ; la promptitude qu’elle y a mise a cependant étonné le monde entier. La Grèce, après 1830, eut à refaire non-seulement ses villes, ses ports, ses plantations, ses cultures et ses navires, mais encore ses capitaux. J’ai vu en 1847 la Grèce dans un état de pauvreté extrême. Revenu vingt ans après dans ce pays, j’y ai trouvé des villes bien bâties, des ports creusés et garnis de quais, une marine nombreuse, une grande compagnie de bateaux à vapeur, de belles vignes, des champs bien cultivés, une industrie naissante, et, ce qui est plus concluant peut-être, des gens riches, des capitalistes. Il s’était donc formé une classe de gens que leur commerce ou leur industrie avait enrichis, et qui tendaient à prendre dans la politique la place occupée d’abord par les héros de la guerre. En même temps s’étaient fondés des établissemens d’instruction publique ou privée, parmi lesquels l’université d’Athènes occupait le premier rang. Quoique, par son organisation, elle rappelât les universités allemandes, elle était plutôt française par ses doctrines et par ses