Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/42

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tendances. Elle créait dans la société grecque une classe de plus en plus nombreuse de jeunes gens qui, n’ayant pas pris dans leur enfance le goût du commerce ou de l’agriculture, et ne trouvant pas dans le barreau ou dans l’exercice de la médecine des moyens de vivre suffisans, ambitionnaient les fonctions de l’état et se jetaient dans la politique. Ils devenaient théoriciens et journalistes, députés, hauts fonctionnaires et quelquefois ministres du roi. On comptait parmi eux un grand nombre de personnes persuadées de la « vérité de la charte. » Je ne sais si l’on y eût trouvé un seul absolutiste : il semblait que la mésaventure du roi Othon et le laisser-aller de son successeur eussent fait disparaître de la Grèce toute tendance vers le gouvernement personnel.

Toutefois les puissances protectrices avaient reconnu l’exiguïté du royaume de Grèce, et l’Angleterre ne trouvait plus d’avantage militaire à conserver l’île de Corfou et les autres îles ioniennes dont les traités lui avaient donné le protectorat. En les rendant à la Grèce, elle accrut subitement de près de moitié sa population, qui se trouva portée à 1 million 1/2 d’habitans. La protection anglaise avait accoutumé les sept îles à un régime qui ressemblait beaucoup à l’absolutisme : au moyen d’une autorité presque arbitraire, des ressources que fournissaient les îles et de celles qu’y ajoutait l’Angleterre, les résidens anglais avaient introduit dans ces pays un ordre et une prospérité matérielle que ne connaissait guère la Grèce. Les plus riches des Ioniens eurent plus à perdre qu’à gagner au changement de régime. L’administration hellénique, fort empêchée dans le royaume, se sentait presque impuissante dans les sept îles, et dernièrement encore un député de Corfou se plaignait à la chambre de ce que le pouvoir du roi ne s’étendait pas jusqu’à son pays. La haute société septinsulaire prit à la cour, dans ces dernières années, une importance que facilitaient les longs séjours du roi dans l’Ile de Corfou et la souplesse que quelques-uns avaient acquise à la cour du résident anglais. Il se forma dans le voisinage même du roi un parti absolutiste où s’enrôlèrent quelques Grecs ambitieux auxquels leur capacité ou un avancement régulier n’eût pas permis d’atteindre le pouvoir. Ce parti s’arma de toutes pièces ; il eut des affidés dans l’armée, dans la magistrature, parmi les propriétaires et dans la société politique proprement dite.

Les derniers événemens semblent prouver que le roi n’était pas personnellement engagé dans ce parti, et qu’il se réservait de le laisser tomber le jour où le danger menacerait le trôné. C’est en effet ce qui est arrivé. Le parti absolutiste, qui le poussait et qui agissait peut-être à son insu, n’avait pas de racines dans la nation hellénique ; mais rien en Grèce ne peut être longtemps caché : la