Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/418

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ouvrait la session du congrès par un discours, dans lequel il rappelait les services que l’esprit d’association avait rendus au catholicisme. Au milieu de cette allocution, écoutée avec un silence religieux, un incident jeta le désordre dans l’assemblée, et des esprits superstitieux en auraient pu tirer un fâcheux présage : une estrade élevée dans le fond de la salle fléchit sous le poids des spectateurs ; il s’ensuivit une panique qui s’apaisa à grand’peine. Le calme s’étant rétabli, le cardinal-archevêque termina son discours en annonçant qu’une messe serait célébrée tous les jours à l’intention des membres du congrès et en leur donnant dans la formule sacramentelle la bénédiction qu’ils reçurent à genoux : benedictio Dei omnipotentis et filii et spiritus sancti descendat super vos et maneat. M. de Gerlache, un des fondateurs de l’indépendance de la Belgique et la personnalité la plus considérable du parti catholique, qui avait accepté la présidence du congrès, se chargea ensuite de développer le programme des travaux de l’assemblée, puis celle-ci se sépara pour se rendre dans les locaux préparés pour les sections. Il y en avait cinq entre lesquelles les membres étaient libres de choisir et qui comprenaient les œuvres religieuses, les œuvres de charité, l’instruction et l’éducation chrétiennes, l’art chrétien et la musique religieuse, la liberté religieuse, publications, associations, etc. ; mais les travaux des sections ne devaient avoir qu’une importance secondaire. Tout l’intérêt allait se concentrer dans les séances publiques : en effet, la réunion comptait dans son sein plusieurs orateurs illustres, M. le cardinal Wiseman, M. Cochin, M. Adolphe Deschamps et le plus illustre de tous, M. de Montalembert, qui, rompant pour la première fois depuis douze ans le silence auquel les événemens l’avaient condamné, se proposait de développer la maxime fameuse : « l’église libre dans l’état libre. » Son discours ou plutôt ses discours, car il y en eut deux et ils remplirent les deux séances publiques du 20 et du 21, furent l’événement du congrès. Prononcés en présence d’un auditoire laïque, ils auraient eu sans doute un long retentissement ; mais, s’adressant à une assemblée composée presque exclusivement de membres du clergé, au milieu d’un appareil solennel, ils acquéraient une importance et une signification exceptionnelles, que l’attitude de l’assemblée devait accentuer encore davantage.

Salué à son entrée par des applaudissemens enthousiastes qui éclataient surtout avec une bruyante vivacité dans le fond de la salle, occupé par les simples prêtres et les élèves du séminaire, M. de Montalembert s’inclina, en s’excusant de n’apporter qu’un discours écrit et en demandant la permission de parler assis. Il