Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/422

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la démocratie, voilà aussi ce que doit vouloir l’église, car nul n’en profitera autant qu’elle ! Il faut accepter sans retour et sans crainte les principes et les institutions de la société moderne, y compris même le suffrage universel.


« Dût-elle même n’y rencontrer qu’un perpétuel mécompte, s’y exposer avec bonne foi et avec confiance dans son droit serait mille fois moins humiliant que de tout attendre soit de la faveur d’un prince, ce qui est le plus grossier des pièges, soit de la reconstruction d’une aristocratie, ce qui est la plus chimérique des utopies. » (Très bien ! très bien !)


Enfin l’orateur faisait acclamer par cette assemblée cléricale un éloge déjà à la vérité un peu ancien des « principes de 89 » par un homme « qui est devenu, disait-il, le plus illustre de nos évêques : »


« Ces libertés si chères à ceux qui nous accusent de ne pas les aimer, nous les proclamons, nous les invoquons pour nous comme pour les autres… Nous acceptons, nous invoquons les principes et les libertés proclamés en 1789. Vous avez fait la révolution de 1789 sans nous et contre nous, mais pour nous, Dieu le voulant ainsi malgré vous [1]. » (Applaudissemens prolongés.)


M. de Montalembert terminait ce premier discours en transportant son auditoire au pied de la colonne commémorative que la Belgique a élevée en l’honneur du congrès auquel elle doit sa constitution libérale. Quatre statues assises au pied de ce monument représentent les libertés essentielles : la liberté de l’enseignement, la liberté d’association, la liberté de la presse et la liberté des cultes. Après une apologie passionnée des trois premières, l’orateur renvoyait à la séance suivante pour traiter de la dernière, qu’il considérait comme la plus importante et la plus nécessaire : la liberté des cultes.

Avons-nous besoin de dire combien fut grande l’émotion causée par ce discours, qui dépassait tout ce qu’on avait pu attendre de l’illustre champion de l’alliance du catholicisme avec la liberté ? Il n’y eut aucune protestation ; mais, tandis que l’affluence de la foule des auditeurs appartenant aux rangs inférieurs du clergé se trouvait encore augmentée le lendemain, on remarquait quelques vides sur les sièges réservés aux dignitaires de l’église. Une acclamation immense accueillit, à son entrée dans la salle, l’orateur qui

  1. Dupanloup, De la Pacification religieuse, 1844.