Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/421

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« Tout le monde y vit le triomphe de l’église. On crut l’orthodoxie à jamais garantie et l’hérésie extirpée. Or c’est précisément le contraire qui arriva. C’est l’église catholique qui, après un siècle tout entier de décadence, se vit à la veille d’être extirpée du sol de la France. La révocation de l’édit de Nantes ne donna pas seulement le signal d’une odieuse persécution. Avec le cortège d’hypocrisies et d’inhumanités qu’elle traînait à sa suite, elle fut l’une des principales causes du relâchement du clergé, des débordemens et des profanations du XVIIIe siècle. La foi et les mœurs disparaissaient graduellement quand la révolution vint proscrire l’église. Celle-ci ne se releva que dans le sang. »


Poursuivant jusqu’au bout cette thèse, l’orateur rappelait que, sous la restauration, l’église était au pouvoir, que le ministre de l’instruction publique était un évêque, que les instituteurs de toutes les paroisses étaient nommés par les évêques, que les professeurs de tous les collèges étaient épurés par Mgr Frayssinous. Or à quoi avait abouti toute cette protection donnée à la religion ? Elle n’avait abouti qu’à lui faire atteindre les dernières limites de l’impopularité, au point qu’en 1830 les prêtres, l’abbé Lacordaire entre autres, étaient réduits à ne sortir dans la rue que sous un déguisement laïque. Sous le gouvernement sceptique et indifférent de Louis-Philippe au contraire, on voit le clergé regagner une partie de la légitime influence que les faveurs de la restauration lui avaient fait perdre. Après le 2 décembre, des catholiques imprévoyans se précipitent aux pieds du pouvoir absolu, en lui disant : « Soyez à nous, nous sommes à vous ! » Aussitôt le clergé est remis en suspicion, la situation de l’église redevient périlleuse, et l’orateur conclut par ces paroles cruellement prophétiques :


« S’il éclatait aujourd’hui une nouvelle révolution, on frémit à la pensée de la rançon qu’aurait à payer le clergé pour la solidarité illusoire qui a semblé régner pendant quelques années entre l’église et l’empire. »


Donc plus de protection, plus de privilèges pour l’église, la liberté ! L’une et l’autre, l’église et la liberté, ont également à gagner à cette alliance sous l’inévitable règne de la démocratie. L’écueil de la démocratie, c’est la démagogie, et celle-ci conduit au césarisme. La religion empêchera la démocratie de tomber dans les abîmes de la démagogie et du socialisme, et au besoin elle résistera au césarisme. Le pape n’a-t-il pas seul tenu tête à Napoléon ? Refouler les envahissemens de l’état, consacrer le droit de propriété, respecter la liberté individuelle, établir et maintenir le droit d’association, voilà ce qu’exigent les progrès et la consolidation de