Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/426

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jamais : donnez-la où vous êtes les maîtres, afin qu’on vous la donne là, où vous êtes des esclaves. » (Applaudissemens unanimes et longuement prolongés.)


Cette brûlante apologie de l’alliance du catholicisme avec la liberté, M. de Montalembert la terminait en déclarant qu’il soumettait toutes ses expressions comme toutes ses opinions à l’infaillible autorité de l’église, mais non sans ajouter ces fières paroles empruntées au comte de Maistre : « Quand même ma respectueuse voix s’élèverait jusqu’à ces hautes régions où les erreurs prolongées peuvent avoir de si funestes suites, elle ne saurait y être prise pour celle de l’audace ou de l’imprudence. Dieu donne à la franchise, à la fidélité, à la droiture, un accent qui ne peut être ni contrefait, ni méconnu. » Les acclamations qui saluèrent l’orateur au moment où il se leva après avoir prononcé ces dernières paroles retentissent encore à nos oreilles. L’assemblée tout entière se leva en proie à une indicible émotion, et les cris mille fois répétés de vive Montalembert ! éclatèrent dans la salle et jusque sur l’estrade. Ce merveilleux manifeste sembla, ce jour-là et même les jours qui suivirent, avoir conquis jusqu’aux cardinaux. Mgr Wiseman prononça un discours où l’on retrouvait un écho des paroles de l’illustre apôtre du catholicisme libéral. En constatant les progrès du catholicisme en Angleterre, il fit l’apologie de la liberté dont jouissent les catholiques sur le sol britannique. Après lui, M. Cochin, dans une vive et spirituelle allocution, entreprit de réconcilier les catholiques avec la science et le progrès matériel. Il parla en d’excellens termes des chemins de fer qui avaient permis aux membres de l’assemblée de se réunir, de la télégraphie qui leur donnait les moyens de communiquer à chaque heure du jour avec leurs familles ; il n’oublia pas même la photographie, grâce à laquelle ils allaient pouvoir faire un échange fraternel de leurs portraits. Les progrès matériels, dit-il, sont la rédemption terrestre de l’humanité. Dieu moins sévère et l’homme moins faible, voilà le résultat du christianisme. Jésus-Christ, qui a effacé la distance qui séparait l’homme de Dieu, ne peut pas trouver mauvais que nous effacions les distances qui nous séparent les uns des autres. — Les votes du congrès se ressentirent de ce souille libéral. On adopta une série de résolutions ayant pour objet l’observation du dimanche, la multiplication des journaux et des associations catholiques, mais par la seule vertu de la liberté ; la résolution relative aux associations était rédigée de cette façon particulièrement significative.


« Il est de l’intérêt des catholiques comme de tous les citoyens qui