Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/465

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où elle est prête à tout pour retrouver une armée digne d’elle, digne de son passé et de l’avenir auquel elle garde le droit de prétendre. Elle prodigue la bonne volonté, le dévoûment et les sacrifices sous toutes les formes, sans compter. Elle met à la disposition de M. le ministre de la guerre un budget gonflé d’année en année, et qui certes eût effrayé dans d’autres circonstances. Elle n’approuve pas seulement, elle appelle tout ce qui peut être jugé nécessaire, tout ce qui peut améliorer la condition des officiers, des sous-officiers et leur donner le goût du service. Elle ne refuse ni les ressources matérielles, ni les moyens d’action, ni les honneurs, ni les distinctions, ni même la popularité, à ceux qui ont la mission de refaire son vieux prestige militaire et qui sauront lui assurer cette patriotique satisfaction.

La France se prête à tout avec un empressement dont le dernier appel des réservistes est un exemple de plus. On s’inquiétait un peu de cette première application du nouveau système militaire, de cette première réunion des réservistes ; on craignait, sinon des résistances qui ne pouvaient avoir rien de sérieux, du moins des mécontentemens, des turbulences et de la confusion. La malveillance affectait ironiquement de croire qu’on n’avait rien appris et rien oublié en France, que nous allions revoir le désordre de l’appel des réserves, ou les effervescences d’indiscipline du camp de Châlons en 1870. L’expérience commencée il y a dix jours s’accomplit au contraire sans difficulté, sans trouble, avec une régularité relative, aussi sérieusement que possible. Les régimens ont reçu leurs contingens de réservistes, ils ont ouvert leurs rangs à cette jeunesse déjà un peu plus mûre, où se mêlent toutes les classes : ouvriers, laboureurs, fils de famille, magistrats, sous-préfets, jusqu’au précepteur des enfans de M. le président de la république, qui n’est pas plus exempt que les autres. Ce qui est le meilleur signe, ce qui révèle la prodigieuse aptitude de ce peuple à revenir au bien, c’est que dans tout cela il n’y a eu rien de ce qu’on redoutait, ni cris, ni chants déplacés, ni tumulte. Les appelés se sont rendus simplement, fidèlement à leur poste, et il y a eu à peine quelques réfractaires. Aujourd’hui exercices et manœuvres d’instruction sont en pleine activité. Sans nul doute, ce service d’un mois ne laisse pas d’être un sacrifice pénible pour bien des familles momentanément privées de ceux qui les font vivre, réduites à manquer du salaire quotidien. Heureusement tout le monde se fait un devoir de se prêter aux circonstances, d’atténuer pour les appelés les conséquences d’un éloignement temporaire, d’une suspension de travail, et le gouvernement s’est préoccupé du sort des familles qui auraient trop a souffrir.

Rien n’est donc plus vrai, la France ne marchande pas, et en compensation c’est bien le moins qu’on lui rende une puissance militaire reconstituée, une armée sérieuse qui, à un jour donné, puisse être le bouclier et la force du pays, qui reste une armée nationale en