Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/468

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toutes les forces modérées cette république conservatrice dont il acceptait après tout d’être le premier ministre. Il n’a réussi qu’à se créer une situation assez artificielle justement parce qu’il n’a qu’une politique peu saisissable, à la fois cassante et pointilleuse, parce qu’il n’a pas su s’appuyer sur le seul terrain solide, entre ceux qui ne veulent des institutions nouvelles à aucun prix, et les radicaux, les vrais radicaux qui en feraient un instrument d’agitation indéfinie.

Était-ce donc si difficile ? Il suffisait en définitive d’un peu de clairvoyance, d’une certaine fermeté de raison, et c’est la politique toute simple que M. Léonce de Lavergne développait récemment à Aubusson, non dans un discours d’apparat, mais dans une conversation familière avec ses amis à qui il a voulu expliquer pourquoi et comment il s’était rallié à la république. M. Léonce de Lavergne n’a nullement caché que, pour lui et pour ceux qui pensent comme lui, la monarchie constitutionnelle eût été la meilleure de toutes les combinaisons parce qu’elle est la forme de gouvernement la plus favorable à la liberté. Dès que la monarchie était impossible, il n’y avait plus qu’à faire une république qui s’en rapprochât, qui réunît à peu près les mêmes caractères, les mêmes garanties, et, dès qu’on se décidait pour la république, il fallait procéder franchement, il fallait mettre à profit « la modération, l’intelligence politique de la gauche parlementaire, » pour obtenir d’elle des concessions, des transactions. C’est là toute l’histoire de la constitution du 25 février. Telle qu’elle est, cette constitution aura le sort de toutes les institutions humaines, monarchies ou républiques, qui sont ce qu’on les fait ; elle ne peut évidemment durer que si on la pratique avec bon sens, avec « ce calme de l’esprit qui permet de voir les choses comme elles sont, de reconnaître ce qui est possible et nécessaire dans un moment donné, d’accepter patiemment la contradiction, d’attendre tout de la persuasion et non de la violence. » M. Léonce de Lavergne a dit en vérité un mot aussi sage que patriotique : « Nous avons tous absolument les mêmes intérêts, nous ne sommes divisés que par des passions et par des chimères !.. » C’est le programme d’une république de conciliation et de conservation.

Après cela, nous en convenons certainement, si cette gauche parlementaire dont M. de Lavergne vante justement « la modération et l’intelligence politique » semble disposée à soutenir jusqu’au bout l’œuvre à laquelle elle a prêté son concours, ce n’est pas l’affaire des radicaux qui sont récemment entrés en campagne, de M. Naquet, de M. Madier de Montjau. Autant les membres de la gauche parlementaire qui ont l’occasion de prononcer des discours se montrent modérés, autant les irréconciliables, qui ont levé dernièrement le drapeau de la dissidence, se montrent belliqueux contre ceux qu’ils traitent sans façon de défectionnaires de la démocratie. M. Naquet est décidément le héros et le porte-parole de ce radicalisme tapageur pendant les vacances. Il donne