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concession à des conditions que son habileté sut rendre avantageuses. En peu d’années, elle créa vers l’extrémité de l’Attique une ville industrielle, la première que la Grèce eût vue depuis l’antiquité, et des usines occupant plusieurs milliers d’ouvriers. C’est de là que semblait devoir partir un mouvement industriel auquel la Grèce devrait en partie sa régénération ; mais du jour où les politiques s’avisèrent de transformer cette affaire en instrument électoral, elle périclita. Il y avait en effet, outre les scories, des terres rejetées des puits par les anciens et considérées par eux comme trop pauvres pour être exploitées. L’acte de concession ne les indiquait que par un mot vague et discutable. C’est sur ce mot que les politiques bâtirent un échafaudage surprenant d’intrigues, de discussions, de consultations juridiques, de procès, d’articles de journaux, qui ont occupé la Grèce entière pendant plus d’une année. Les uns soutenaient le bon droit de la compagnie, les autres la traitaient d’usurpatrice ; on séduisit l’opinion en présentant au public ignorant des analyses chimiques insensées qui portaient la richesse de ces terres à une somme capable d’enrichir toute la Grèce après avoir payé ses dettes. Les électeurs se partagèrent en amis et en ennemis de la compagnie métallurgique. La diplomatie française et italienne dut intervenir, et les relations de l’Italie et de la France avec la Grèce allaient être interrompues lorsque Constantinople envoya à la Grèce « son sauveur. »

Il existe dans cette ville un groupe de spéculateurs qui a l’habitude de se réunir en un lieu nommé le Kaviarokhan, c’est-à-dire le Marché-au-Caviar. C’est de là que vint un banquier, désormais célèbre dans le monde hellénique et qui apparut comme un dieu tutélaire, mais dont nos lecteurs ne tiennent pas sans doute à savoir le nom. Au moment où l’exaltation du peuple pour les richesses du Laurium était à son comble, il acheta pour 12 millions 1/2 la propriété entière de la compagnie, et la revendit quelques jours après au public sous la forme d’actions pour une somme totale de 20 millions. Les Grecs, qui n’avaient point encore fait l’apprentissage de ces coups de bourse, se jetèrent avec une fureur indescriptible sur ces morceaux de papier qui leur promettaient une fortune facile. La réalité les détrompa bientôt. Les actions du Laurium tombèrent quand on vit qu’elles n’avaient enrichi que les premiers détenteurs. Il y eut beaucoup de ruines, on passa d’une confiance extrême à l’incrédulité. Aujourd’hui la nouvelle compagnie, accablée décharges et mal administrée, menace de faire faillite, et l’esprit d’association industrielle est mort pour longtemps dans le pays.

Qu’il nous soit permis de faire remarquer à ce propos que l’on voit depuis quelques années se développer en Grèce une tendance