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dans la conduite politique du pays, à moins que la première amélioration ne porte sur le recrutement même de l’assemblée.


III

J’ai maintenant à examiner la situation de la Grèce vis-à-vis des puissances étrangères. Si l’on ne considère que les relations extérieures du royaume qui a pour capitale Athènes, ce petit état de 1 million 1/2 d’habitans est en bons termes avec ses voisins. Depuis la guerre de Crète, qui avait failli le mettre aux prises avec la Turquie, ses rapports avec le sultan ont fait plus que s’améliorer ; « ils sont devenus officiellement amicaux, et les souverains des deux pays ont échangé des décorations. Le parti que nous pourrions appeler celui de « la vieille Grèce » n’est pas satisfait de cet état de choses, et ne comprend pas qu’un gouvernement hellénique puisse être l’ami des Turcs. On rappelle avec regrets les projets formés par le célèbre ministre Colettis et morts avec lui. Son plan était de tenir la Grèce militairement prête et d’employer la meilleure partie de ses soldats à former les cadres d’une forte armée. Les Grecs des provinces turques devaient être secrètement tenus dans l’attente et mis en état d’entrer en campagne au premier signal sous la conduite des officiers venus du royaume. Tout étant préparé, Colettis, qui jouissait d’une haute considération auprès des cours de l’Europe, devait en parcourir tous les états, s’assurer de leur neutralité, de leur approbation et même de leur concours financier. A son retour, le signal devait être donné, et l’insurrection aurait éclaté sur tous les points de la Turquie. Tel est le plan caressé comme un regret par ceux qui survivent encore de la « guerre sacrée. » Ils ajoutent avec plus de vérité qu’un tel projet ne saurait plus être exécuté, parce que, disent-ils, il n’y a plus en Grèce que de « petits hommes » en comparaison des grands hommes qui ne sont plus.

Il est certain que depuis 1830 tout a changé en Europe, en Grèce et même en Turquie. Colettis aurait peut-être recueilli quelques sympathies pour une insurrection générale contre les Turcs, parce qu’il restait encore de son temps quelque chose de l’ancien enthousiasme pour sa patrie et les héros hellènes. Cette chaleur de sentiment s’est éteinte, elle a fait place à une disposition contraire ; c’est à peine si l’opinion en Europe commence à mieux apprécier la Grèce émancipée, sans cependant lui être encore favorable. Elle le deviendra ; mais il faut pour cela que du temps se passe et que les Grecs montrent aux yeux des étrangers un état sage, bien ordonné,