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comprendre aux boulangers qu’ils s’effrayaient à tort, et qu’ils devaient se contenter d’une augmentation de quelques centimes. Cependant on vit de petites émeutes se produire à ce sujet, et à Seix on fut obligé d’appeler le sous-préfet et le procureur de la république pour forcer les récalcitrans à faire du pain.

Ces perplexités n’empêchaient pas les habitans, surtout ceux des stations thermales, de réparer de leur mieux les désastres amenés par l’inondation. Les sources minérales se trouvant d’ordinaire au milieu des montagnes, les routes qui y conduisent côtoient les gaves formant le thalweg de la vallée. Le chemin ainsi tracé entre la montagne et le torrent est doublement menacé : s’il n’est pas emporté par les eaux, il disparaît sous les éboulis de pierres ou de terre végétale entraînés par les pluies qui ravinent l’escarpement situé au-dessus. Il n’était pas dans les Pyrénées centrales une seule vallée qui n’eût à enregistrer des désordres de cette nature. La route de Luchon avait particulièrement souffert. Le chemin de 1er qui depuis l’an dernier relie cette ville à la gare de Montréjeau avait été entamé sur plusieurs points et ne fonctionnait plus. De Saint-Girons à Aulus, les communications étaient interceptées en deux endroits : au haut de la vallée, c’était un éboulis de roches qui encombrait la route, plus bas le chemin avait été emporté par le Salât sur une longueur de 3 kilomètres. Là s’élevait un oratoire connu dans le pays sous le nom de Saint de Ribotte, du nom de la gorge où il se trouvait et qu’il était censé protéger contre les inondations. Les traditions en faisaient remonter la construction à plus de dix siècles. Personne ne voulait croire que ce saint, qui avait résisté à tant d’assauts, eût subi cette fois la loi commune et qu’il eût été emporté comme un simple moellon. La première préoccupation des municipalités fut de réparer les désordres occasionnés sur les routes afin de rétablir au plus tôt les communications. Les cantonniers ne pouvant suffire à une si lourde besogne, on fit appel à la bonne volonté des habitans. Ceux-ci répondirent aussitôt à l’invitation, souvent même s’offrirent spontanément, car ils comprenaient que leurs intérêts les plus chers étaient liés au prompt rétablissement des voies publiques. A peine une route était-elle suffisamment réparée pour permettre le passage des voitures que le maire de la station thermale la plus rapprochée écrivait aux journaux du midi pour annoncer le rétablissement des communications depuis le chemin de fer jusqu’au haut de la montagne. C’était un appel indirect aux malades et aux touristes que l’interruption des voies de communication retenait chez eux.

Trois ou quatre jours après l’inondation, les journaux, qui dès le début avaient dû faire des circuits extraordinaires pour arriver