Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/539

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existaient déjà lorsque Louis le Débonnaire remonta cette vallée à la tête d’une armée franque pour aller attaquer les Sarrasins en Espagne, par le val d’Andorre, qu’il constitua ensuite en république indépendante, voulant remercier les habitans des services qu’il en avait reçus pendant l’expédition. Les étrangers qui visitent Ax pour la première fois sont surpris des habitudes qu’ils y rencontrent et qui sont toutes nouvelles pour eux. Nombre d’habitans font pour ainsi dire leur ménage en plein air. Au centre de la ville se trouve une fontaine d’une température assez élevée. Presqu’à toute heure de la journée, on y voit des femmes faisant les préparatifs de cuisine qui exigent l’emploi d’eau chaude. D’autres fois ce sont les bouchers occupés à racler les peaux des bêtes qu’ils viennent d’abattre. A quelques pas plus loin sont des ménagères accroupies autour d’une vaste piscine pour laver le linge. Lorsqu’une famille d’ouvriers, rentrant du travail, n’a pas le temps de préparer le repas, une des filles de la maison met quelques tranches de pain dans une terrine, les arrose d’un peu d’huile et les porte à la fontaine voisine ; voilà la soupe faite. Les boulangers se servent des mêmes sources pour pétrir leur pain, — économie de temps et de combustible. Ce pain est excellent, et la plupart des étrangers n’en ressentent aucun mauvais effet ; mais certains tempéramens plus délicats éprouvent au bout de quelques jours un malaise dû à la présence des sels sulfurés qui entrent dans la composition de l’eau minérale, et se voient forcés de quitter Ax en répétant l’axiome séculaire du pays, « que les eaux sont trop fortes. »

Bien que fortement grossis par les pluies du 22 juin, les gaves qui traversent Ax ne produisirent que des désordres sans grande importance. Ce fut plus sérieux à Ussat, autre station thermale située à quelques kilomètres plus bas dans un petit vallon traversé par l’Ariège. La rivière, sortant de son lit, emporta le pont et inonda l’ancien établissement thermal, ainsi que le rez-de-chaussée de presque tous les hôtels. Un peu plus loin, elle augmenta encore de volume par l’adjonction des eaux de la vallée de Vicdessos, vallée célèbre par les mines du Rancié, qui alimentent de fer les populations du midi depuis les temps les plus reculés de l’époque gauloise. Heureusement la rivière de Vicdessos n’avait pas grossi outre mesure, car le froid survenu dans ces montagnes avait changé la pluie en neige, et les habitans de Foix sont persuadés que c’est à cette circonstance qu’ils doivent d’avoir échappé à l’inondation. Avant de quitter la, région des montagnes, l’Ariège reçoit un nouvel, affluent, l’Arget. En temps ordinaire, ce n’est qu’un gave sans importance ; cette fois c’était un torrent des plus impétueux qui roulait au fond de la vallée toutes les pluies tombées depuis deux jours sur les montagnes de la Barguillaire, entraînant les usines