Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/579

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élémens, à la suivre dans ses applications les plus diverses. Désormais l’importance de cette idée va toujours en grandissant ; elle domine de plus en plus toutes les spéculations de l’esprit moderne, elle devient au XVIIIe siècle la loi de l’histoire, elle renouvelle au XIXe l’étude de la nature, et enfin, sous le nom d’évolution, prétend contenir la formule de l’existence universelle.


II

Des résumés historiques comme celui de M. Flint, comme la Scienza della storia, de M. Marselli, comme l’ouvrage plus considérable de M. de Rougemont, sont, pour ainsi dire, les vestibules de la science du progrès. Derrière, on entrevoit, on pressent l’édifice, et pourtant on se prend bientôt à douter que l’édifice existe autrement qu’à l’état d’espérance. Eh quoi ! tant de systèmes, et aucun n’est aujourd’hui débout ! Tant de formules tour à tour proposées pour la loi du développement humain, et aucune n’a conquis l’assentiment général ! Qui ne croit au progrès, et qui peut en déterminer avec une précision suffisante les lois, les conditions, le but ? Parmi ces formules, quelques-unes ont joui et jouissent encore d’un grand crédit. Il n’est pas sans intérêt de passer rapidement en revue les plus célèbres, et de voir ce qu’en laisse subsister la pénétrante critique de M. Flint.

On connaît la fameuse théorie de Cousin. Le progrès n’est selon lui que l’apparition successive, sur le théâtre de l’histoire, des trois idées qui sont le fond même de la raison : l’idée de l’infini, celle du fini, celle du rapport entre le fini et l’infini. L’antique Orient, c’est le monde immobile de l’infini ; la société gréco-romaine, c’est le développement de l’idée du fini ; la civilisation moderne, c’est l’expression du rapport entre le fini et l’infini.

Rien de plus séduisant ; la jeune intelligence qui voit pour la première fois, dans des leçons d’une éloquence incomparable, ces grandioses formules se dérouler et s’appliquer tour à tour à la religion, à l’art, à la politique, à la philosophie des trois périodes de l’histoire universelle, se sent portée, comme par un souffle puissant et continu, vers les plus hauts sommets de la pensée. Survient l’analyse, qui rabaisse les espérances exaltées par cette hardie métaphysique. Et d’abord, si, comme le prétend Cousin, c’est de la connaissance de la nature humaine tout entière que doit se déduire la science des lois les plus générales de l’histoire, pourquoi, dans cette nature humaine, ne tenir compte que de la raison ? Est-ce donc la seule faculté dont le développement contienne en abrégé les conditions essentielles du progrès humain ? L’homme