Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/58

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impôts, aux fermiers-généraux qui ont précédé chez nous le grand mouvement industriel du siècle présent. Ces extracteurs doivent fournir au sultan chaque année une somme fixée d’avance et équitablement répartie entre les provinces de l’empire. Le pacha qui a payé sa part d’impôt est tenu pour quitte ; c’est à lui de se la procurer. Rien ne l’empêche d’en enfler le chiffre quand il le répartit entre ses subordonnés et de bénéficier de la différence. Ceux-ci font de même, et ce chiffre tombe, démesurément grossi, sur l’agriculture, le commerce et l’industrie, qui paient l’impôt. Quelques centaines de millions ajoutés au budget ordinaire tariraient en fort peu d’années la source même où s’alimente le trésor, et mettraient le pays dans la misère.

Il a donc fallu recourir aux emprunts, selon l’usage des nations européennes ; mais chez nous, quand un emprunt est émis, c’est nous-mêmes qui le souscrivons et qui le soldons avec nos économies. Chez les Turcs, les emprunts sont émis sur les marchés étrangers et se classent principalement en France et en Angleterre ; récemment encore celle-ci offrait au sultan les fonds nécessaires pour le chemin de fer de Constantinople à Bassora. Les emprunts se sont faits à des conditions de plus en plus onéreuses pour la Turquie : non-seulement le taux de l’intérêt et la commission des banquiers sont devenus énormes, mais en outre la plupart des sources du revenu ont été hypothéquées comme garantie des prêts effectués. On a payé très exactement les arrérages de ces sortes de rentes, mais le plus souvent c’est un nouvel emprunt quia servi à les payer. Il résulte de là que la dette du sultan a été en grossissant d’année en année. En 1854, l’empire ottoman n’avait pas de dettes. En 1869, le chiffre nominal de la dette s’élevait déjà à 3 milliards, si l’on compté le revenu à 5 pour 100. A ce total se sont ajoutés depuis lors les emprunts de 1860, 1863, 1865, 1869 et 1873. Un emprunt nouveau ne tardera pas à être nécessaire. Si derrière ces appels consécutifs faits au crédit européen on apercevait une population laborieuse, économe et une administration financière bien organisée, la dette ottomane ne serait pas plus effrayante que celles de l’Angleterre ou de la France, qui la dépassent ; mais en réalité la production est en Europe et la consommation en Turquie.

Il est juste de dire qu’une bonne partie des fonds empruntés est employée en travaux utiles et dont l’effet doit être le développement de l’industrie et de l’agriculture dans l’empire. Là même pourtant il y a des mécomptes ; beaucoup d’argent reste entre les mains des intermédiaires : le kilomètre de chemin de fer, au lieu de coûter 200,000 francs, comme il le pourrait, en coûte 400,000 et ne peut par ses produits payer, même à 5 pour 100, l’intérêt de