Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/597

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règne en règne par les députés des états, les légistes et le clergé lui-même, fut considérée comme l’une des lois fondamentales du royaume ; elle ne fut attaquée que par la ligue, qui se fit ultramontaine comme elle se fit espagnole pour renverser le roi qu’elle combattait.

La déposition n’étant qu’une vaine formalité du moment où les peuples ne la ratifiaient pas, la papauté a cherché dans l’excommunication et l’interdit un moyen indirect de frapper les rois. L’excommunication isolait complètement le prince de ses sujets, parce qu’elle s’étendait à tous ceux qui s’approchaient de sa personne ; l’interdit suspendait dans le royaume les pratiques du culte, l’administration des sacremens, et jusqu’aux funérailles religieuses ; c’étaient là, dans les âges de foi, des armes terribles qui pouvaient paralyser du même coup la vie politique et sociale. Les papes avaient laissé les Mérovingiens s’égorger entre eux et commettre sur leurs fils, leurs frères, leurs neveux et leurs femmes quarante-six assassinats, sans user contre eux des moindres censures ; mais il n’en fut pas de même sous les Capétiens. Sept d’entre eux furent excommuniés : Louis VII, parce qu’il avait combattu l’intronisation de Pierre de La Châtre à l’archevêché de Bourges ; Philippe-Auguste, parce qu’il avait répudié Ingeburge, bien qu’il eût fait approuver la répudiation par un concile réuni à Compiègne ; Philippe le Bel, parce qu’il avait levé des tributs sur les gens d’église et soutenu l’inviolabilité des rois contre les doctrines de Grégoire VII ; Louis XII, parce qu’il avait fait échec à la politique de Jules II ; Henri II, parce qu’il s’était allié à Octave Farnèse, ennemi du saint-siège ; Henri III, parce qu’il avait assassiné le cardinal de Lorraine ; Henri IV, parce qu’il avait abjuré le catholicisme, auquel il s’était converti en 1572. De ces diverses excommunications, deux seulement portèrent coup, celles de Henri III et de Henri IV, parce qu’elles donnèrent de nouvelles forces à la ligue et retardèrent la pacification du royaume. Les autres n’ont fait que provoquer dans la nation tout entière, clergé, noblesse et tiers-état, d’éclatantes manifestations en faveur de la royauté et de son indépendance vis-à-vis du saint-siège.

« Si le pape vient en France pour prononcer l’excommunication, disait Hincmar, il sortira excommunié du royaume : si excommunicaturus venerit, excommunicatus abibit, » Lorsque Philippe-Auguste fut frappé d’anathème, le duc de Bourgogne et d’autres puissans vassaux s’engagèrent à le soutenir contre Rome. Le même élan se