Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/625

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système ne pourrait s’appliquer aux nôtres. Théoriquement vaut-il mieux ? Au point de vue des intérêts du public, nous ne le pensons pas, et sous ce rapport, comme sous d’autres, avec l’accroissement de la clientèle des valeurs mobilières, l’autorité centrale en Angleterre devra bientôt peut-être empiéter sur l’indépendance absolue de cette corporation particulière.

Après les Bourses de Paris et de Londres, celle de Vienne ne constitue pas le plus important marché des capitaux en Europe. La Bourse de Francfort en effet a longtemps occupé le troisième rang : elle l’a perdu depuis l’annexion de la ville libre à l’empire d’Allemagne ; les Bourses de Berlin, de Bruxelles, de Genève et de Florence revendiqueraient peut-être à cette classification des droits égaux. Cependant la Bourse de Vienne est bonne à citer parce qu’elle a le plus fait parler d’elle dans les dernières années, et qu’une législation toute récente (avril 1875) a eu pour objet de la réorganiser entièrement.

On n’a pas oublié le krach viennois de 1873 et l’effroyable débâcle de valeurs mobilières qui fit tant de victimes dans toutes les classes de la population. Les malheurs de cette époque ne sont pas encore réparés, et depuis lors la spéculation a également produit de déplorables conséquences à la Bourse de Berlin ; mais comme celles-ci n’égalent pas en intensité les premières, et que la législation autrichienne vient à l’égard des agens de change et de la tenue des bourses d’être profondément modifiée, nous avons préféré nous arrêter, après la Bourse de Londres, sur la Bourse de Vienne. L’organisation précédente de celle-ci était fort simple. Les agens de change à Vienne formaient une corporation de 30 membres dont la nomination appartenait au gouvernement (à la lieutenance), sur le rapport de la chambre de commerce. Pour obtenir une charge, il suffisait de produire un certificat de bonne vie et mœurs. La charge se donnait ad personam, par conséquent n’était pas vénale ; on n’exigeait aucun cautionnement, aucune mise de fonds. La Bourse, administrée par un président, se tenait tous les jours ; les affaires étaient traitées au comptant seulement, et pour celles qui ailleurs se négocient à terme et ne donnent lieu qu’à des paiemens de différences, la liquidation s’en faisait chaque jour. A côté des agens de change, des agens irréguliers, non autorisés, mais tolérés jusqu’à un certain nombre (il était fixé à 136 en 1859), opéraient de concert avec les agens de change. Lorsque dans ces derniers temps le mouvement des valeurs prit un si grand essor à la suite des paiemens énormes faits à l’Allemagne, la spéculation à Vienne, n’ayant pas comme en France pour base sérieuse les entreprises industrielles analogues à celles que le dernier règne vit naître en si grand nombre chez nous, se porta tout entière sur des