Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/643

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laquelle il faut noter les rapides instans du passage d’un astre aux fils de la lunette. Cela prouve que, si on entoure les observations de toutes les précautions désirables, les soins apportés à la confection des catalogues ne sont pas toujours proportionnés à la valeur des observations : il en résulte que certains catalogues fourmillent d’erreurs qui ont causé bien des méprises et des déceptions en faisant croire à de grands changemens dans le ciel qui finalement se sont expliqués par une faute de calcul. Ce n’est pas tout : les observations les mieux faites montrent encore des différences plus ou moins fortes qui dépendent des circonstances locales, des saisons et des heures de la journée, du tempérament de l’observateur et de ses habitudes comme de sa disposition momentanée : on dirait que mille pièges sont tendus autour de lui pour l’empêcher d’approcher de la vérité absolue. Les curieuses expériences de M. Wolf sur les erreurs personnelles ont prouvé que très peu de personnes voient les phénomènes au moment précis où ils se produisent ; presque toujours la perception est en retard de quelques fractions de seconde. Toutes ces causes réunies font qu’avant de confronter deux catalogues d’étoiles il faut en étudier pour ainsi dire les défauts et les qualités, et c’est un travail que fort heureusement M. Auwers a déjà entrepris pour les catalogues les plus importans.

Grâce à ce triage préalable, la comparaison des observations modernes avec les anciennes pourra conduire à des résultats plus dignes de confiance, et la recherche des mouvemens propres sera sans doute bientôt étendue à toutes les étoiles cataloguées, ce qui n’est pas peu dire. Jusqu’à présent, on s’est contenté d’examiner à ce point de vue quelques milliers d’étoiles. Les mouvemens propres les plus forts se remarquent dans les étoiles les plus rapprochées de nous, et peuvent aller à 7 ou 8 secondes par an ; mais en général il ne s’agit, comme on l’a déjà vu, que de quelques fractions de seconde. Toutefois ces déplacemens si peu sensibles en apparence sont les indices de mouvemens d’une rapidité vertigineuse en raison des distances où nous les observons. C’est ainsi qu’un navire que nous voyons à l’horizon, ou un nuage qui passe sur nos têtes à une grande hauteur, nous paraît presque immobile tandis qu’il se déplace en réalité avec une vitesse considérable ; il suffît de le regarder avec une lunette d’approche pour que cette vitesse, dissimulée par l’éloignement, reparaisse aussitôt.

Pour calculer la vitesse de translation réelle qui correspond à un mouvement propre observé, il faut nécessairement connaître la distance absolue de l’étoile en question. Cette condition est remplie pour un certain nombre d’étoiles dont les positions varient d’une manière assez rapide ; ainsi nous savons que la 61e du Cygne, qui a un mouvement propre de 5 secondes, a une parallaxe d’une