Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/644

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demi-seconde, et on peut en conclure qu’elle se meut dans l’espace avec une vitesse de 50 kilomètres : c’est plus de cent fois la vitesse d’un boulet de canon.

Pour les étoiles douées d’un mouvement propre exceptionnel qui les isole des groupes où on les rencontre, il n’est guère douteux que ce déplacement apparent n’indique un mouvement réel de ces astres ; il n’en est plus de même lorsque des régions entières montrent un mouvement propre plus ou moins uniforme. Là on peut se demander si cette lente progression n’est pas une illusion d’optique tout comme les oscillations périodiques des étoiles qui ont pour cause la révolution de la terre autour du soleil, et si elle n’est pas la conséquence d’un mouvement de translation du système solaire tout entier dans l’espace. En effet, si le soleil avec son cortège de planètes est emporté dans une course rapide vers un point donné du ciel, les étoiles situées dans cette direction sembleront s’écarter à mesure qu’il s’en rapprochera, tandis qu’au point opposé du ciel, dont il s’éloigne, les étoiles se resserreront de plus en plus. Il en résultera comme un courant général qui entraîne insensiblement toutes les étoiles du point d’arrivée vers le point de départ de la trajectoire solaire. Or un pareil mouvement doit se révéler au moins dans les positions déterminées à cent ans d’intervalle.

Fontenelle, aussi bien que Bradley, avait entrevu la possibilité d’un mouvement de translation du soleil ; mais c’est Lalande qui paraît avoir formulé le premier cette hypothèse d’une manière parfaitement nette. Il fait remarquer que la rotation du soleil, qui nous est révélée par les révolutions des taches, suppose déjà par elle-même l’existence d’un mouvement de translation, attendu qu’elle n’a pu être produite que par une impulsion communiquée hors du centre, qui a dû selon toute probabilité déplacer en même temps le centre lui-même. Les deux mouvemens, de rotation et de translation, ne s’observent presque jamais l’un sans l’autre. La théorie fait donc prévoir a priori que le soleil doit se mouvoir lui-même dans une orbite que, pour une certaine durée de temps, il sera permis de considérer comme une ligne droite. L’observation a-t-elle justifié cette hypothèse ?

William Herschel ne craignit pas d’aborder le problème de front en examinant les mouvemens propres des étoiles dont les positions étaient déjà assez bien connues pour qu’il pût espérer d’en fixer avec certitude les variations séculaires. Sa tentative fut couronnée de succès : dès 1783 il put annoncer que le système solaire marche vers un point déterminé de la constellation d’Hercule. La certitude de ce résultat fut d’abord contestée par Biot, Bessel et d’autres astronomes ; mais les recherches récentes, fondées sur des bases