Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/647

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par la voie lactée, qui embrasse dans ses gigantesques circonvolutions les anneaux stellaires où nous gravitons nous-mêmes. Nous sommes plus près de la région où les replis de la voie lactée se dédoublent que de la région opposée, où elle paraît simple. Notre soleil met plus de 22 millions d’années à parcourir son orbite autour du centre commun. La distance d’Alcyone, toujours d’après Mædler, surpasse 36 millions de fois notre distance au soleil et équivaut à 573 années de la lumière.

Malheureusement dans ces déductions, qui s’enchaînent et se développent avec une hardiesse naïve, l’imagination a plus de part que la sévère logique des chiffres. Les fractions de seconde qui forment la base fragile de l’édifice élevé par Mædler sont loin d’avoir le degré de certitude absolue qu’il leur attribue, et il n’est pas difficile d’arriver, en les groupant d’une manière différente, à des résultats tout opposés. En outre, en y regardant de près, on s’aperçoit que l’augmentation des mouvemens propres à partir de la région des Pléiades, quand même elle serait démontrée, ne prouverait rien ni pour ni contre la théorie de l’univers sortie de toutes pièces de sa féconde imagination.

D’après sir John Herschel, la véritable forme de cette agglomération d’étoiles qu’on appelle la voie lactée serait celle d’un disque ou d’une meule aplatie, fendue et dédoublée en deux valves sur près de la moitié de son contour. Le soleil se trouve placé vers le milieu du disque, près de la ligne de jonction des deux valves, et c’est là ce qui explique l’aspect annulaire de la voie lactée ; elle nous apparaît comme une bande lumineuse quand le regard plonge dans l’épaisseur de la tranche pleine, et comme une bande double quand il plonge dans l’épaisseur des valves, tandis que dans les directions perpendiculaires au plan du disque les étoiles nous paraissent clair-semées. C’est ainsi que nous apercevons à peine sur nos têtes une faible brume répandue dans l’atmosphère, tandis qu’à l’horizon, où elle s’étale à perte de vue, elle nous fait l’effet d’un épais banc nébuleux. Quant aux dimensions de cette couche stellaire dans laquelle nous sommes profondément plongés, l’épaisseur transversale dépasse mille ans, et le diamètre a pour mesure des milliers de siècles.

Au sein de ce vaste univers, notre regard rencontre çà et là des groupes assez rapprochés de nous pour qu’il soit possible d’en épier les mouvemens intérieurs, d’en surprendre pour ainsi dire la vie de famille. Ce sont des soleils associés ou bien des soleils entourés de planètes, que nous voyons graviter dans des orbites réglées par les lois bien connues de l’attraction universelle. L’étude de ces systèmes, inaugurée par W. Herschel, a été grandement avancée par