Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/705

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cère à la Ferté-Macé dans l’Orne, ceux-ci en Normandie ou en Bretagne, ceux-là en Auvergne ou dans le Forez. Ces jours derniers, M. le ministre des finances réunissait à son tour au château de Stors les maires de son canton de l’Isle-Adam : c’était encore une sorte de comice. Explications et manifestations se succèdent comme pour remplir l’arrière-saison.

Tout cela est encore assez mêlé et un peu confus, nous en convenons ; les dissonances ne manquent pas. Une chose à remarquer cependant, c’est un progrès sensible d’apaisement et de confiance. À tout prendre, dans la plupart de ces discours qui viennent d’être prononcés devant les comices, l’esprit de modération et de conciliation domine. Le langage se ressent d’une situation régularisée et définie. On laisse aux partis extrêmes le triste avantage de poursuivre leurs campagnes de protestations, de chercher sans cesse à entretenir ou à raviver l’incertitude par l’ardeur de leurs excitations, par l’intempérance de leurs prétentions absolues ; les opinions modérées ont la sagesse de s’en tenir à ce qui a été fait par l’assemblée, de ne plus disputer avec un régime qui a pour lui désormais la double autorité de la loi et de l’impérieuse nécessité des circonstances. C’est une question tranchée, et les hommages personnels rendus à M. le président de la république se confondent avec l’acceptation simple et calme des institutions votées, coordonnées dans ces derniers mois. Le thème de toutes ces harangues récentes peut se résumer en un mot : la constitution du 25 février pratiquée dans un esprit conservateur, sans préoccupations exclusives et sans parti-pris comme sans arrière-pensée, sous l’inspiration unique de l’intérêt national.

Au fond, c’est une victoire de l’influence calmante de la raison et du bon sens, et sait-on ce qui explique le mieux peut-être ce ton général de modération qui caractérise tant de discours prononcés depuis quelques semaines ? C’est que les orateurs avaient précisément à parler dans des comices agricoles, presque devant les populations elles-mêmes, en présence d’une multitude d’intérêts qui ne demandent que la paix et la sécurité. Lorsqu’on se fait un public qu’on réunit dans une salle de bal ou de banquet pour lui exposer les programmes du radicalisme, lorsqu’on écrit tranquillement des manifestes pour la légitimité ou pour l’empire déguisé sous l’appel au peuple, il est bien facile de se livrer à toutes les divagations, de mettre en doute une œuvre de transaction péniblement accomplie, d’opposer des chimères à la réalité. Quand on est dans un comice rural, au milieu des populations, le bon sens et la raison pratique reprennent leurs droits. Le pays, quant à lui, ne vit pas de chimères ou de contestations passionnées de partis ; il s’inquiète fort peu en vérité des rivalités d’influence de M. Gambetta et de M. Naquet ou des polémiques légitimistes contre le centre droit. Chaque jour il travaille, il sème, il moissonne, il poursuit ses entreprises d’industrie et de commerce ; il y est bien obligé, ne fût-ce que pour payer les fo-