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d’un officier-général italien, le général Govone, qui viendrait à Berlin chargé d’une mission importante ; cette nouvelle… a causé une certaine émotion. Si elle se confirmait, on ne manquerait pas de croire que la Prusse et l’Italie négocient un traité d’alliance… »

Le surlendemain j’ajoutais : « M. le général Govone est arrivé avant-hier à Berlin. Suivant M. le comte de Bismarck et M. le ministre d’Italie, il serait chargé d’une mission militaire, et son voyage aurait uniquement pour objet d’étudier les perfectionnemens apportés aux armes de guerre. »

Deux jours plus tard, j’étais en mesure de renseigner exactement mon gouvernement, et je lui disais : « Je vous ai écrit, en vous annonçant l’arrivée du général Govone, que, suivant M. de Bismarck et le ministre d’Italie, cet envoyé du cabinet de Florence était uniquement chargé d’étudier l’état militaire de la Prusse. Oubliant sans doute ce qu’il m’avait dit dans ce sens, M. de Bismarck m’a appris hier que le général Govone était autorisé à entrer en arrangemens avec le gouvernement prussien. Les communications qu’il a faites au président du conseil portent en substance… » En terminant cette dépêche, j’ajoutais : « La légation d’Italie observe avec moi une réserve absolue. Je ne sais si je dois le regretter. Les confidences de M. de Bismarck, que je ne puis cependant décliner, me placent déjà dans une situation suffisamment délicate… »

Enfin le 27 mars, quand déjà les plénipotentiaires avaient tenu plusieurs conférences, je mandais à M. Drouyn de Lhuys : « .. (M. de Bismarck) m’a entretenu de ses pourparlers avec le général Govone et le ministre d’Italie… et je suis d’autant mieux en état de vous en rendre compte que M. de Barrai, ministre d’Italie, s’est ENFIN décidé de son côté à ne pas me cacher entièrement ses démarches et les intentions de son gouvernement… »

De deux choses Tune, ou M. Klaczko admet que ma correspondance était sincère, ou bien il suppose qu’elle était rédigée dans le dessein de dissimuler ma conduite et la part que je prenais clandestinement à la négociation. Dans le premier cas, personne ne concevra comment il peut prétendre que j’ai travaillé avec ardeur et avec passion à amener ce connubio de l’Italie et de la Prusse. Dans la seconde hypothèse, les choses changent de caractère, et j’attendrai que M. Klaczko se soit expliqué pour lui en exprimer mon sentiment.

Pour le moment, j’invoquerai le seul témoignage que personne ne puisse suspecter, celui du plénipotentiaire italien. La correspondance du général Govone a été publiée après sa mort, et postérieurement à Ma Mission en Prusse, par les soins du général La Marmora, qui n’en a rien omis. Dans cette correspondance, où tout est raconté en détail, mon nom est cité deux fois, la première, dans un télégramme du 28 mars, douze jours après l’arrivée du plénipotentiaire italien à Berlin, et voici ce qu’il