Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/720

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


extrême vivacité, qu’il préférait la guerre à la cession du petit comté de Glatz… » (Ma Mission en Prusse, p. 171-172.) Dans ses autres rapports, ainsi que dans tout le cours de son livre, M. Benedetti revient toujours sur cette circonstance, qu’il n’a jamais « encouragé les espérances » de ce côté, et qu’il a « suffisamment indiqué qu’on n’obtiendrait en aucun cas, de la bonne grâce de la Prusse, des concessions territoriales sur la frontière de l’est (Ma Mission, p. 176). »

Ce n’était pas là pourtant le sentiment des négociateurs italiens près la cour de Berlin. M. de Barral dans un télégramme adressé le 6 mai au général La Marmora s’exprimait ainsi : « On est excessivement préoccupé des négociations très actives, assure-t-on, qui se poursuivent entre la France et l’Autriche pour désintéresser l’Italie, et qui seraient allées jusqu’à l’offre de la ligne du Rhin à la France. A l’observation que je lui ai faite sur le danger d’une pareille offre par une puissance allemande, Bismarck m’a répondu par un mouvement d’épaules, indiquant très clairement que, le cas échéant, il ne reculerait pas devant ce moyen d’agrandissement. » — De son côté, le général Govone, dans son rapport très détaillé du 7 mai, raconte le même incident d’une manière plus développée et bien plus explicite encore. « M. de Bismarck désire connaître les intentions et les désirs de l’empereur ; il en a parlé à M. de Barrai ; il lui a dit de tâcher d’en savoir quelque chose par M. le commandeur Nigra ; il a même donné lieu de croire qu’il serait disposé à lui abandonner les rives du Rhin, ayant été informé par ses agens que l’empereur négociait avec l’Autriche, et que l’Autriche lui cédait, croit-il, la Vénétie, et l’engageait même à s’emparer de la rive gauche du Rhin. M. de Barrai, à qui il en parlait, s’écria : « Mais l’Autriche ne se compromettrait pas ainsi avec l’Allemagne en sacrifiant des pays qui appartiennent à la confédération ! » M. de Bismarck fit un geste qui paraissait vouloir dire : Moi aussi je les céderais. » — Enfin dans son rapport du 3 juin, cinq jours avant la dépêche de M. Benedetti sur « le roi et le plus humble de ses sujets, » le général Govone cite la réponse suivante de M. de Bismarck à sa demande si on ne pourrait pas trouver « quelque ligne géographique » pour indemniser la France ? « Il y aurait la Moselle (dit M. de Bismarck). Je suis, ajouta-t-il, beaucoup moins Allemand que Prussien, et je n’aurais aucune difficulté à consentir la cession à la France de tout le pays compris entre le Rhin et la Moselle : le Palatinat, l’Oldenbourg, une partie du territoire prussien, etc. Mais le roi éprouverait de grands scrupules, et ne pourrait s’y décider que dans un moment suprême, s’il s’agissait de tout perdre ou de tout gagner. De toute façon, pour amener l’esprit du roi à un arrangement quelconque avec la France, il serait nécessaire de connaître le minimum (il limite minimo) des prétentions de cette puissance [1]. »

  1. La Marmora, Un po più di luce, p. 211, 221, 275.